Impressions du Botswana (mars 2020)

Le Botswana n'a pas occupé dans notre voyage la place qui lui était initialement dévolue. Du fait des circonstances particulières de notre passage en Namibie (circuit global réalisé rapidement pour donner à nos deux invités un aperçu complet du pays, contraintes climatiques bloquant l'accès au nord), nous avons renoncé à nos plans initiaux consistant à simplement traverser le Kalahari pour entamer une grande boucle en direction de Maun, un endroit que nous avions à l'origine pensé visiter deux ou trois mois plus tard. Ce détour visait à nous faire une première idée du pays, hors-saison, pour mieux définir la bonne façon d'y revenir à la fin de notre périple africain.

Cette étape Botswanaise se décompose en deux phases principales. La première consiste essentiellement en une longue liaison routière sous la forme d'un demi-cerle d'environ 1000 km de long. La seconde en plusieurs expériences de brousse à proximité de Maun, la plus approfondie étant notre escapade de trois jours vers le village de Khwaï, juste à l'entrée du parc de Moremi.

La phase de liaison nous a amenés à découvrir un pays agréable, champêtre, plus verdoyant qu'on n'aurait pensé (mais c'était la saison des pluies), un pays d'élevage avec du bétail omniprésent le long des routes (et en fait tout aussi bien SUR les routes). A la différence des deux pays précédents (Afrique du Sud et Namibie), nous nous sommes vraiment sentis en Afrique, avec très peu de Blancs dans les villes et villages, mais des paillottes et des petits commerces le long des routes, quelques mamas portant leur chargement sur la tête, des gamins rieurs un peu partout. Une Afrique active et apaisée, pas encore atteinte par le démon de la surpopulation, et par certains côtés en plein développement.

La phase plus proprement touristique nous a amenés aux portes de Moremi en compagnie d'un guide, Benny, que nous avons d'abord rencontré en tant que guide de mokoro (ces piroguiers qui, munis d'une longue perche, transportent les visiteurs au travers des marais du delta de l'Okavango). Benny était un compagnon cultivé et sympathique, ayant anciennement travaillé comme chauffeur-guide pour un lodge cinq étoiles. De retour à Maun après une première journée agréable, quoique peu spectaculaire, près de son village natal de Daonara, il nous a convaincus de repartir avec lui pour la destination plus lointaine de Khwaï, au motif que cette option nous permettait de visiter la région de Moremi sans avoir à résider dans un lodge/camp de luxe. On se retrouve simplement de l'autre côté d'une rivière que les animaux traversent librement, mais qui marque la limite administrative du parc qui fonctionne comme un immense espace privé.

Nous avons suivi ses conseils et le regrettons un peu. Les trois heures de piste initialement prévues se sont transformées en une longue épreuve de huit heures, semée de nombreux détours et contournement de bourbiers, si difficiles qu'Oscar a plusieurs fois failli se trouver définitivement bloqué. Nous sommes arrivés au village après la tombée de la nuit et plusieurs épreuves de déplantage à l'aide de nos plaques ou de véhicules s'étant arrêtés pour nous tirer de là (vive la corde Kinetic!) La tôle ondulée a fait beaucoup de mal à Oscar qui a cassé une partie de l'amortisseur avant droit, ce qui s'est traduit par une difficulté accrue pour entamer le voyage de retour, et a nécessité deux jours de réparation à Maun.

Le lendemain de notre arrivée a été à plus réjouissante, avec deux game drives le matin et le soir, et notamment une très belle scène de vie prèsd'un terrier de hyènes. En revanche, les nombreuses incursions hors-piste directement dans la brousse ont occasionné de nombreuses griffures à Oscar, et le sentiment qu'il ne reviendrait pas indemne de cette aventure.

Le troisième jour a été le pire. Benny ayant sans doute picolé pas mal la veille (il nous avait demandé de l'argent d'avance, soi-disant pour acheter des boissons sucrées pour les enfants de notre hôte). Le matin, mal réveillé, il a fait une grosse faute d'apprécation sur la traversée d'un bourbier (comme la veille, je lui avais laissé le volant) et nous nous sommes trouvés plantés si profond que nous avons bien cru que le moteur d'Oscar allait y rester. De grosses bulles provenant de sous le véhicule ont fait monter notre angoisse avant que nous ne constations que, par un hasard inexplicable, Oscar avait en fait crevé sous l'eau. Deux bonnes heures ont été nécessaires pour nous tirer d'affaire, ruinant définitivement notre sortie du matin et nous laissant un sentiment doux-amer sur l'ensemble de l'opération. Le retour vers Maun ayant été presque aussi pénible que l'aller, et la fin de notre relation avec Benny nous ayant aussi un peu déçus, celui-ci ayant manifestement décidé de dépenser une grande partie de sa solde en bières plutôt qu'en produits plus directement utiles à sa famille et ses enfants.

De retour à Maun, petite bourgade administrative et agricole devenue ville importante et centre touristique du pays, nous avons à plusieurs reprises fait la tournée des nombreux magasins de pièces détachées automobiles, et fini par nous faire aborder par Thomas, un mécanicien indépendant ayant aménagé un petit atelier de réparation dans la cour de son jardin. Ce Zimbabwéen ayant fui les troubles de son pays, accompagné de son frère, nous a fait un excellent travail de réparation, en démontant tout le mécanisme de maintien de la suspension et de l'amortisseur droit avant pour l'amener dans un atelier spécialisé pour procéder à la soudure indispensable à la réparation.

Nous avons terminé notre périple au Botswana à la recherche des éléphants. Certes, nous en avions déjà vus à de nombreuses reprises à la fois en game-drive et sur la piste reliant Maun à Khwaï (en fait, il suffit de s'éloigner de 50 km de Maun dans cette direction, et on en voit autant à l'extérieur qu'à l'intérieur des parcs). Mais nous en voulions davantage, et après une étape de camping sauvage sans visite de pachydermes du côté de Nata, nous avons à nouveau eu la visite de plusieurs gros individus solitaires en faisant escale à un grand lodge/camping construit autour d'un point d'eau (elephant sands). Après quoi nous avons rapidement gagné la frontière sud-africaine.

L'avant-dernière étape, du côté de Francistown, nous a amenés à rencontrer un petit groupe de voyageurs constitué autour d'un Sud-Africain très sympathique et aisé, propriétaire d'une petite dizaines de lodges de luxe dans son pays et accessoirement d'une écurie ayant gagné le Paris-Dakar dans sa catégorie. Les discussions avec lui nous ont mieux permis de comprendre la mentalité très entrepreneuriale, presque messianique, des descendants des Boers, autour de la sentence "we are south-Africans, we don't give up".

C'est aussi à ce moment que nous avons commencé à comprendre que la crise du coronavirus risquait d'avoir une influence réelle sur notre parcours. Ces voyageurs expérimentés, initialement partis pour l'Ethiopie, venaient en effet de renoncer à leur itinéraire par crainte de ne pas pouvoir faire demi-tour quelques semaines plus tard.

C'est aussi pour cela que, dès le lendemain, nous avons réagi immédiatement à l'annonce de la fermeture des frontières. Nous étions arrivés au camping de Mokolodi en soirée avec l'intention de visiter la petite réserve privée attenante le jour suivant. Dans les heures suivant notre arrivée, après une petite trempette dans la piscine et une bonne douche, nous avons appris la décision du Président Ramaphosa de fermer les frontières de son pays. Nous ne savios pas à ce moment si toutes les frontières seraient fermées ou seulement une partie, ni quelles seraient celles qui, éventuellement, resteraient ouvertes. Il nous fallait prendre une décision urgente, nous étions à moins d'une heure de route du poste-frontière le plus proche, nous nous y sommes précipités. Nous avons passé les formalités sans aucune difficulté un quart d'heure avant la limite fixée à minuit, puis, ne sachant où aller, nous avons dormi dans Oscar directement le long de la route, non loin du poste de police et des semi-remorques en attente de passage.

Les "J'aime/J'aime pas" de Manu au Botswana

J'ai aimé:

  • Les rapports très simples avec la population, parfois un peu timide mais très rarement dans le harcèlement ou l'insistance déplacée ++
  • Le sentiment général de sécurité qui en découle ++
  • L'impression d'être enfin vraiment en Afrique, après les expériences culturellement moins dépaysantes d'Afrique du Sud et de Namibie ++
  • Le côté encore très sauvage de tout le pays, parfois comparé à une gigantesque réserve à ciel ouvert ++
  • Les infinies possibilités de camping sauvage, ne suscitant apparemment de la part de la population locale qu'une curiosité amusée ++
  • Notre équipement de déplantage (plaques, corde Kinetic, crochets soudés, manille, compresseur, pelle, kit de réparation de pneu) qui était nécessaire et a parfaitement rendu le service attendu ++
  • L'abondance des éléphants en liberté dans le nord du pays ++
  • Les jolis toucans à bec jaune, rouge, ou gris +
  • La facilité à trouver des petits services utiles comme les mécaniciens de rue à Maun ++
  • J'ai moins aimé:

  • L'état des pistes dans le delta, rendant la vie difficile à Oscar --
  • Les nids-de-poule sur les routes goudronnées autour de Maun -
  • Les conditions difficiles pour la prise de vue animalière, à l'exception peut-être des réserves très haut-de-gamme que nous n'avons pas visitées --
  • Le choix limité de possibilités de visites lorsqu'on ne dispose pas d'un 4x4 --
  • Le parasitage de l'activité touristique par le très haut-de-gamme (survols privés de l'Okavango en avion ou en hélicoptère, lodges de luxe) qui ne laisse que peu de place aux voyageurs indépendants -
  • Le camping "Old Bridge Backpackers", un endroit réellement bruyant et pas forcément bien entretenu fréquenté par des clients pas si originaux qu'ils le croient -
  • J'ai remarqué:

  • Les vaches, les chèvres, les ânes en liberté sur les routes.
  • L'agrandissement en cours de l'aéroport de Maun, qui changera bientôt la dynamique de la région en permettant l'atterrissage direct de gros porteurs internationaux.
  • A Gaborone, une atmosphère presque occidentale sur les boulevards et dans les centres commerciaux de la périphérie; des berlines et voitures compactes dans les rues, par exemple, telles qu'on se serait aussi bien davantage cru à Milan ou Liverpool qu'au Caire ou Bamako.
  • Si c'était à refaire:

  • Nous n'irions pas jusqu'à Khwaï avec Oscar
  • Nous essaierions plutôt de trouver un véhicule 4x4 localement et/ou des réserves plus petites que Moremi mais moins éloignées de Maun
  • Nous privilégierions le camping sauvage, même pas trop loin de Maun, en alternance avec le Sitatunga, mais sans passer par le Old Bridge Backpackers'.