Impressions de Namibie (mars 2020)

La Namibie, c'est un pays qui me trottait dans la tête depuis longtemps. Ce n'est pas surprenant, c'est aussi un pays "tendance", une destination à la mode dans la catégorie du voyage moyen ou haut-de-gamme, avec une série de formules allant de la plus indépendante à la plus organisée. Mais c'est surtout pour des raisons évidentes tenant à la beauté des paysages et à l'ouverture des grands espaces que ce pays s'est imposé comme l'une des pièces maîtresses de notre itinéraire en Afrique Australe, aux côtés du Botswana et de l'Afrique du Sud (et il a même été l'une des raisons principales de ce voyage). Beaucoup de nos proches y étaient déjà passés ces dernières années, c'était anotretour de les rejoindre, mais à la sauce de notre mode de voyage particulier, au long cours, avec le confort accru mais les capacités de franchissement limitées offertes par notre brave Oscar.

Nous avons franchi la frontière du pays à plusieurs reprises. La première fois, c'était en route directe de l'Afrique du Sud, au bout de cette Nationale 7 qui remonte loin vers le nord au travers des massifs désertiques, au milieu des vignes, puis des herbages clairsemés, puis des champs de cailloux et montagnes arides. Cette option nous a permis d'atteindre la région spectaculaire des canyons et rivières du sud namibien (Orange River, Fish River Canyon), un peu isolée du reste du pays que nous avons à ce moment remis à plus tard. C'était un assez gros effort de déplacement, un crochet de plusieurs jours au détour de la route plus directe qui, en Afrique du Sud, nous aurait amené plus facilement à visiter le Kgalagadi, notre dernier parc Sud-Africain de l'ouest.

Ce détour a-t-il répondu à nos attentes? Je répondrais sans doute que oui, mais sans excès. Le Fish River Canyon (le second plus grand du monde après celui du Colorado, d'après certaines brochures) est en effet spectaculaire, mais nous l'avons atteint à un moment où la température, déjà normalement très élevée en cette saison, avait encore augmenté, et de ce fait il n'était pas souhaitable ni même seulement possible de passer du temps dans le canyon, de le découvrir en y randonnant un peu par exemple. La seule possibilité résiduelle était de se rendre par la route à un nombre limité de points de vue (deux ou trois), et cette seule possibilité a été un petit peu gâchée, dans notre cas, par les conditions météo, le temps ayant oscillé entre couverture nuageuse lourde, orages lointains et tempête de sable.

Le passage par Orange River a été plus souriant, champêtre, presque printanier. Nous avons fait là nos premières expériences, très réussies, de camping sauvage en isolement presque total. L'étape près de la rivière était pure et rafraîchissante, la piste un peu difficile (premier ensablement avec dégagement au moyen de pelles et des plaques) mais pas trop, le temps ensoleillé et chaud. Nous avons eu un sentiment de liberté et de sécurité, et si les vues étaient moins impressionnantes qu'au Canyon, la simple soirée près de la rivière, avec bains à volonté et barbecue sous les étoiles, suffisait à elle seule à justifier l'ensemble.

Après cette première incursion, nous sommes retournés en Afrique du Sud, puis nous sommes revenus en Namibie une seconde fois, pour une durée d'environ trois semaines. Ce second passage était très différent du premier dans ses conditions de réalisation, puisque nous l'avons partagé en grande partie avec ma fille Iris et son compagnon Rémi, venus spécialement de France nous rejoindre pour l'occasion. L'itinéraire défini alors a davantage ressemblé aux itinéraires-types des opérateurs touristiques, avec passages classiques par Walvis Bay et Sesriem, mais notre expérience préalable des campings locaux nous a tout de même permis de rester à l'écart des flux touristiques majeurs, et nous avons pu, par exemple, nous retrouver absolument seuls dans les "vleis" désertiques de la vallée de Sesriem (je parle des ces zones arides semées d'arbres morts au milieu des dunes, dont on voit les photos sur tous les documents publicitaires de cette région).

Nous avons également répété avec bonheur quelques expériences de camping sauvage, notamment au milieu du désert après des slaloms improbables entre les dunes, et ces moments d'aventure se classent sans nul doute tout à fait au sommet de nos souvenirs de voyage, par l'incertitude et la joie de la découverte et le sentiment d'absolue exclusivité de ce genre d'exercice, aux antipodes exacts des possibilités offertes par le tourisme de masse. Il est en fait logiquement impossible d'imaginer leur généralisation, et si l'opération est donc plus Nietzschéenne que Kantienne dans son intention, elle n'en est pas moins -au contraire- diablement jouissive.

Nous avons dans l'ensemble consacré beaucoup d'énergie à improviser, au jour le jour, un itinéraire évitant les orages violents traversant le centre et le nord du pays pendant toute la période où nous nous y trouvions, et nous n'avons malgré nos efforts jamais trouvé le bon moment pour monter jusqu'au parc d'Etosha. En revanche, nous n'avons presque pas eu de pluie, et au contraire de la plupart des autres voyageurs sur place au même moment, nous ne sommes jamais trouvés bloqués par une piste détrempée ou rendue impratiquable à l'exception d'une seule occasion, lors de notre retour du Naukluft vers le Kalahari.

Nous avons terminé notre parcours avec Iris et Rémi aux confins du pays, près de la frontière Sud-Africaine, dans un joli parc animalier privé (Kalahari game lodge) où nous avons notamment pu voir des lions dans de bonnes conditions, peu après avoir pu côtoyer des guépards dans un tout aussi joli parc privé, assez haut-de-gamme, au centre du pays (Lapa Lange). La question est certes discutable de savoir s'il est bien ou mal, du point de vue de la protection animale, de contribuer au développement de réserves privées qui participent aussi d'une certaine manière à une forme de trafic d'animaux sauvages, mais enfin dans le cas des guépards, la situation doit être nuancée. Les guépards se domestiquent bien, et depuis longtemps, et ce serait toute la question des animaux de compagnie qui serait posée si l'on devait interdire par principe le genre de situation de dépendance à l'être humain dans lesquelles se retrouvent les animaux privés de liberté.

Enfin, après avoir ramené nos deux jeunes compagnons à l'aéroport de Windhoek, nous avons encore passé quelques jours dans le pays, mais au repos cette fois. Avec une épaule si douloureuse qu'il m'était devenu impossible de conduire ou de prendre des photos, continuer à voyager n'avait plus beaucoup de sens, et je suis donc allé à la clinique pour me faire soigner (antalgiques puissants et écharpe de blocage). Parallèlement, Oscar a lui aussi fait une escale technique dans un garage de la capitale, pour l'entretien courant mais aussi pour réparer quelques problèmes plus graves, au niveau des suspensions avant et du compteur kilométrique qui ne fonctionnait plus. Cette poignée de jours s'est déroulée dans un endroit au look sympathique mais moins convivial que les campings plus familiaux que nous avions l'habitude de fréquenter, un espace bien aménagé autour d'une piscine minuscule et un peu froide, quelques voyageurs au long cours que nous n'avons pas vraiment fréquentés, allez savoir pourquoi, et un mur d'enceinte régulièrement patrouillé par les gardes, même de nuit, nous rappelant que l'environnement -une station service et un petit centre commercial à quelques centaines de mètres, accessibles par une route sans beaucoup de piétons- n'était pas franchement sûr.

Environ une semaine après être arrivés à Windhoek, nous avons une dernière fois vérifié la météo, observé que le temps ne permettait toujours pas de poursuivre sereinement vers Etosha, et pris la décision de pointer plein est vers le Botswana voisin, début d'une nouvelle histoire...

Les "J'aime/J'aime pas" de Manu en Namibie

J'ai aimé:

  • Les oryx, figures impassibles et omniprésentes du Namib/Naukluft, comme un élément naturel d'un décor pensé par un peintre de l'époque de l'art naïf ++
  • Les magnifiques geckos endémiques du Namib ++
  • Les grandes dunes du Namib, malheureusement pour la plupart d'entre elles inaccessibles pour des touristes majoritairement cantonnés à un nombre très limité de zones autorisées et payantes (Sandwich Harbour, vallée de Sesriem) +++
  • La qualité des sites naturels où nous avons passé la nuit, notamment à Spitzkoppe, à Bushman's camp (Sossus on foot) dans le Naukluft, et dans les dunes non loin de Walvis Bay
  • Le site de Spitzkoppe en général +++
  • Sandwich harbour et la sortie en kayak avec les otaries, sympathique mais un peu moins sauvage que ce que j'attendais ++
  • Hidden Vlei sans aucun autre touriste que nous +++
  • J'ai moins aimé:

  • Le sentiment diffus mais persistant d'insécurité à Windhoek, seul endroit du trajet jusqu'alors réalisé où nous avons failli être victimes d'une arnaque (en l'occurrence près d'un distributeur de billets de banque que deux escrocs ont tenté de nous faire passer pour un système de paiement du parking) --
  • La difficulté extrême à concevoir puis adapter en cours de route un itinéraire évitant les pluies diluviennes s'étant abbatues sur le pays au moment où nous nous y trouvions -
  • L'énorme fatigue nous ayant saisis (Isabelle et moi, mais moi en particulier) à l'issue de notre boucle Namibienne, ce qui s'est aussi traduit par des problèmes médicaux (épaule bloquée et obligation de nous arrêter complètement pendant une semaine pour se reposer) -
  • La poussière fine s'inflitrant partout, encore pire qu'en Afrique du Sud --
  • Le coucher de soleil à Elim Dune, une dune à la fois moins abrupte et moins désertique que les autres (avec beaucoup de végétation éparse sur les flancs et aucune vue dégagée au sommet) -
  • Sossusvlei, nettement moins belle, notamment pour les photographies, que Hidden Vlei ou même Deadvlei --
  • J'ai remarqué:

  • Les clôtures presque omniprésentes le long des routes, rendant le camping sauvage difficile
  • La parité avec le Rand sud-africain permettant d'utiliser indifféremment l'une ou l'autre des devises... en Namibie (la réciproque n'étant pas vraie)
  • Si c'était à refaire:

  • Je reprendrais presque le même itinéraire, mais en allant un peu plus lentement
  • J'utiliserais à nouveau l'application Windy, très fiable et dynamique, pour ajuster mon itinéraire
  • Même pour des raisons médicales ou mécaniques, je préférerais m'arrêter dans une ville plus petite et plus sure que Windhoek, Mariental ou Swakopmund par exemple