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Impressions de Bolivie

Mars 2022

Oscar sur le salar d'Uyuni
Oscar sur le salar d'Uyuni : quelques heures seuls sur l'un des paysages les plus célèbres d'Amérique du Sud.

De la Bolivie, nous n'avons exploré cette fois que la partie sud, pour des raisons tenant principalement aux difficultés de passage de frontière et à l'impossibilité, dans ces conditions, de visiter à la fois la région chilienne de San Pedro de Atacama et celle permettant de rallier le salar d'Uyuni au lac Titicaca. Hors temps de Covid, nous aurions pu envisager de remonter directement d'Uyuni à Oruro, sans nécessairement retourner jusqu'à Potosi et Sucre, déjà vus en 2017. Cette route prometteuse, nous ne la découvrirons pas cette fois.

Établis juste après le passage de frontière dans la petite ville de Tupiza, en compagnie d'Alejandro, un Argentin voyageant seul en Combi VW rencontré à Salta, nous avons d'abord visité les beaux canyons alentour, puis nous avons poussé jusqu'à Tarija, par une longue route assez éprouvante. Ce simple aller-retour avait surtout pour objet de nous occuper quelques jours afin de synchroniser notre expédition dans le salar d'Uyuni avec l'ouverture de la frontière chilienne, après deux années de fermeture liée à la crise sanitaire du Covid.

Pas grand-chose à dire de cette petite expédition, si ce n'est que nous étions les seuls voyageurs à la ronde, et que les paysages traversés, tout de même assez majestueux, nous donnaient un grand sentiment de liberté, quelque peu tempéré par la tristesse à la vue de tous les chiens abandonnés quêtant un improbable reste de nourriture tout au long des routes de montagne.

Deux personnes marchant sur une route bolivienne Marchande bolivienne
La population bolivienne, pas toujours facile d'approche.
Deux lamas devant les reliefs boliviens
Flamant rose sur le salar d'Uyuni
Paysage d'altitude en Bolivie
Montagnes colorées du Sud bolivien

Une fois venue l'heure de tenter notre chance vers Uyuni, nous avons facilement rejoint la porte d'entrée du salar, sans doute enhardis par notre expérience de la Puna argentine, qui nous permettait d'appréhender avec plus de sérénité les pistes de haute altitude et les abords des déserts de sel. Nous avons été heureux de rouler quelques heures seuls sur le salar, en direction d'une zone où la présence d'une fine pellicule d'eau en surface formait un effet miroir. Nous avons bivouaqué, seuls là aussi, à quelques centaines de mètres seulement de l'entrée du salar, puis fait nettoyer soigneusement le bas de caisse d'Oscar du sel accumulé, avant d'attaquer le plus gros du programme après un avant-dernier plein à Uyuni.

Jeu de perspective avec Oscar sur le salar
Jeu de perspective sur le salar
Jeu de perspective avec Oscar
Jeu de perspective sur le salar d'Uyuni

Il s'agissait de traverser, en moins de deux jours, la zone du Sud Lipez et ses magnifiques paysages d'altitude, notamment la Laguna Colorada, qui nous avait laissé une impression visuelle si forte cinq années plus tôt. La promesse n'a été qu'en partie tenue. L'altitude n'a pas vraiment posé de problème, mais la piste s'est révélée plus difficile que prévu, notamment par la présence sur de très longues distances d'une tôle ondulée nous interdisant la moindre accélération.

Si bien que le retard s'est progressivement accumulé, et qu'à partir du village d'Alota, où nous avons pu faire un petit appoint de carburant et bivouaquer tranquillement, nous avons sans cesse couru après la montre pour passer la frontière avant que notre laissez-passer, réalisé obligatoirement par voie informatique à Uyuni, après quoi nous avons perdu toute connexion, ne parvienne à expiration. Nous n'avions pas assez de carburant pour faire demi-tour, et aucune information fiable en provenance de la frontière ne nous permettait de savoir si celle-ci allait bel et bien ouvrir. N'ayant pas grande autonomie de survie à plus de 4000 mètres d'altitude, nous ne souhaitions pas prendre plus de risques que la situation l'exigeait déjà.

Wagons abandonnés près d'Uyuni
Autour d'Uyuni, les traces rouillées de l'histoire minière et ferroviaire bolivienne.

Malgré la beauté des paysages traversés, somme toute assez proches de ceux de la haute Puna argentine, nous n'avons donc pas eu le temps de nous aventurer vers la Laguna Verde, ni même de véritablement prendre notre temps, ni aux sources chaudes, ni encore moins à la Laguna Colorada, que nous n'avons fait qu'effleurer malgré un pénible détour de plusieurs heures, au lieu de pouvoir y bivouaquer sereinement pour avoir le temps de longer sa côte et d'y observer les flamants roses.

Viscache dans les rochers boliviens
Une viscache dans la lumière sèche du Sud Lipez.

Un peu tendu par la situation et concentré sur la conduite, je n'ai pas suffisamment profité des formes et des couleurs si brutes de cette zone, qui me laissera un souvenir moins fort que celui de 2017. Peut-être l'absence de neige sur les sommets, au contraire de cette première fois, y est-elle pour quelque chose.

Notre expérience de la Bolivie s'est en outre terminée sur une note douce-amère. Le poste-frontière de sortie de territoire a été franchi dans une ambiance sympathique, quoiqu'une complication incompréhensible nous ait amenés à perdre quelques précieuses dizaines de minutes sur place alors que, manifestement, nous étions l'un des seuls véhicules, peut-être le seul d'ailleurs, de la journée.

Mais la situation s'est brutalement corsée lorsque, après avoir acheminé les douaniers boliviens jusqu'à leur baraquement, et après avoir traversé un no man's land à la fonction peu évidente, si ce n'est de rendre la communication impossible entre les autorités des deux pays, nous avons voulu entrer en territoire chilien. Il était trop tard pour ce passage de frontière, nous a-t-on assuré à ce moment, alors même que les agents du poste de sortie nous avaient assuré que nous avions largement le temps. La seule solution qui nous était offerte était de rebrousser chemin, à la rigueur de passer la nuit sur place, à 4300 mètres d'altitude, à condition de nous cacher des caméras de surveillance.

C'est sans doute ce que nous aurions accepté, malgré la montée d'une migraine intense, si Isabelle n'avait pas fait preuve d'un peu de véhémence pour sortir les douaniers de leur torpeur. Apparemment, les agents de police étaient d'accord pour nous aider, mais pas ceux des douanes, et ce désaccord nous a valu la faveur de pouvoir effectivement passer la frontière avant le lendemain, mais la défaveur de voir notre véhicule brutalement fouillé dans le moindre détail, et sans aucune délicatesse, sous les lampes électriques d'un grand hangar vide.

L'opération a bien dû durer deux heures, après lesquelles, recrus de fatigue, et sous un fin blizzard, nous avons entamé, en prenant soin de ne pas faire chauffer les freins, une descente en ligne droite d'une vingtaine de kilomètres nous permettant de perdre en environ une heure 2000 mètres d'altitude pour trouver un bivouac un peu plus rassurant en vue de San Pedro de Atacama. Bienvenue au Chili.

Les "J'aime / J'aime pas" de Manu en Bolivie

J'ai aimé

  • La possibilité de rouler absolument seuls sur le plus fameux salar du monde, en évitant les foules de 4x4 affrêtés par les agences de voyage ++
  • Le fait d'avoir osé être les premiers après la crise du Covid à traverser le Sud Lipez seuls, en toute autonomie solitaire, sans transmission 4x4 +

J'ai moins aimé

  • Le manque d'information au sujet de l'état de la frontière, qui nous a amenés à nous hâter trop pour profiter vraiment du Sud Lipez, et notamment de la Laguna Colorada -

J'ai remarqué

  • La relative indifférence des Boliviens à la présence des touristes.
  • La grande quantité de Toritos, les mototaxis locaux, un peu partout.

Si c'était à refaire

  • Je me doterais des moyens, notamment en bidons de carburant, de pouvoir rester plus longtemps tout au bout du parc, si possible au moins une journée entière à la Laguna Colorada.