Impressions du Mozambique
Mars 2021
Notre passage au Mozambique a été bref, et pour ainsi dire limité à la partie de la côte sud qu'on peut qualifier de touristique ; c'est dire que nous ne pouvons guère prétendre présenter un avis détaillé sur le pays. Nous avons surtout cherché à utiliser cette étape comme un élément de contraste dans l'ensemble du parcours : après les parcs animaliers, les plages tropicales ; après les pistes et les safaris, un peu de repos, de mer et de lenteur.
Ce que nous pouvons en dire tient donc en peu de choses. Concernant les plages en elles-mêmes, si on peut les trouver supérieures à celles, le plus souvent ouvertes et agitées, d'Afrique du Sud, ce ne sont pas non plus des plages qu'on pourrait qualifier de paradisiaques. Au plan visuel, en particulier vues de drone, elles peuvent donner une jolie impression, s'allongeant en lagunes et entrelacs de bras de sable en arabesque, surtout à marée basse, avec d'élégantes nuances pastel. Mais, trop ouvertes au vent et au clapot, elles permettent rarement une baignade tranquille, et n'y invitent en réalité guère. Elles semblent plus adaptées aux activités de pêche ou de promenade, à condition de ne pas être rebuté par la pollution plastique apportée par la marée.
Nous avons donc commencé par papillonnner de plage en plage, peu de temps après que les frontières avaient rouvert, alors que la plupart des établissements touristiques étaient encore fermés. Nous sommes allés dans l'ordre à Xai-Xai, à Tofo, à Barra, puis nous nous sommes établis environ deux semaines près de Vilanculos.
Cette première partie du séjour avait moins l'allure d'une exploration méthodique que d'un réapprentissage du repos : rouler un peu, regarder la mer, chercher un endroit ouvert, discuter avec les rares personnes présentes, puis repartir plus au nord.





Vilanculos, Bazaruto et quelques jours suspendus
À Vilanculos, nous nous sommes d'abord installés au camping le plus connu de l'endroit, le Baobab, où nous avons fait la connaissance de l'excentrique et pétillante Marina, qui coordonne toutes les activités touristiques de main de maître. Nous avons notamment pu voir des hippocampes lors d'une sortie sur une barque à voile locale.
Nous avons ensuite passé plusieurs jours à une dizaine de kilomètres de piste, dans un petit hôtel de plage assez haut de gamme tenu par Anna, une Portugaise sympathique et ancienne voyageuse, qui nous a proposé un tarif intéressant du fait de l'épidémie de Covid. Nous avons trouvé là quelques jours de repos presque total, exactement ce que nous étions venus chercher, émaillés par quelques rencontres intéressantes et inattendues : Richard et Bookie, couple de photographes naturalistes de bon niveau, excellents spécialistes des oiseaux et propriétaires d'une réserve privée au Zimbabwe ; puis Laïla, polyglotte tatouée, avocate de Qanon, poussant à tout instant des gloussements et apostrophant chacun, le plus souvent amicalement et sarcastiquement, dans sa langue d'origine.
Cette étape nous a donné l'occasion de naviguer vers les îles du large, réputées pour leurs fonds coralliens, notamment autour de Bazaruto. Les sorties en snorkeling ne nous ont pas convaincus de l'intérêt spécifique de plonger à cet endroit. Il faut un bateau, il y a du courant, et on plonge sur un récif frangeant avec un peu de profondeur et pas mal de clapot, compte tenu de l'exposition de la barrière de corail.
Une autre sortie, à l'île de Santa Carolina, plus petite et plus protégée, nous a laissé une impression bien meilleure. Le jardin de corail y est remarquablement abrité, et la densité de poissons à faible profondeur nous a paru exceptionnelle, notamment avec des bancs immobiles d'Oriental Sweetlips d'une taille que nous n'avions jamais observée jusque-là.
C'est précisément à cet endroit que notre appareil photo sous-marin a rendu l'âme. Nous n'avons donc ramené aucun souvenir numérique de cette magnifique randonnée palmée.



Sortir du pays
La dernière chose que nous ayons faite dans le pays, c'est de trouver un moyen d'en sortir. Ce n'était pas évident : les routes du Zimbabwe et du Malawi nous étaient interdites pour cause de Covid, et la seule issue qui nous intéressait, celle de la Zambie, se trouvait à une distance difficile à franchir en moins de trois jours, durée de validité du test PCR obligatoire à la frontière. Il était par ailleurs aléatoire de tenter d'en passer un en cours de route.
Nous avons donc combiné le passage du test à Vilanculos et une véritable course contre la montre pour parvenir à franchir la frontière à temps. Nous y sommes parvenus avec seulement quelques minutes de marge, après deux jours éprouvants de route, de piste et de nids-de-poule.
Tout au long de ces routes parfois défoncées, que ce soit en bord de mer ou dans l'intérieur du pays, nous avons eu le sentiment de côtoyer une population jeune, joyeuse et un peu timide, dépourvue d'agressivité ou d'effronterie. Le problème qui guette manifestement le pays est celui du déséquilibre démographique : un taux de natalité beaucoup trop élevé pose des problèmes éducatifs dépassant les moyens du pays, et conduit déjà à une émigration en partie illégale de jeunes travailleurs vers l'Afrique du Sud. Le pays est suffisamment calme et organisé pour ne pas sombrer dans la misère à court terme, mais l'avenir à moyen terme semble sombre tant que la question du contrôle des naissances ne sera pas réglée.






Les "J'aime / J'aime pas" de Manu au Mozambique
J'ai aimé
- Le sentiment général de sécurité, au moins au sud du pays et à l'extérieur des grandes villes +
- La quasi-absence de touristes indépendants, la plupart des Sud-Africains, qui constituent le gros du flux touristique, n'étant pas encore revenus dans le pays compte tenu de la proximité de la pandémie +
- Le sticker "Drivemoz" décourageant au moins partiellement les tentatives de corruption de la part des forces de l'ordre +
- La cote de popularité d'Oscar, identique à celle observée en Afrique du Sud +
- L'omniprésence des bateaux de pêche traditionnels, éléments caractéristiques de ces côtes découvrant très loin à marée basse +
- La qualité de la sortie à l'île de Santa Carolina : isolement, plages préservées, snorkeling de grande classe ++
J'ai moins aimé
- Les incessants contrôles de police, parfois à l'aide d'un radar de mesure de vitesse, presque systématiquement accompagnés de tentatives de corruption bénignes, mais lassantes --
