Impressions du Pérou
Avril / mai 2022
En 2022, nous avons vraiment traversé le Pérou d'ouest en est, d'est en ouest, et du sud au nord. Cela mérite d'être signalé, car le pays ne se présente pas comme un simple plan traversé par une unique chaîne de montagnes longiligne, mais au contraire comme une série complexe de vallées encaissées, de hautes montagnes et de canyons qui rendent la circulation automobile très éprouvante.
Plus au sud, en Bolivie, l'altitude moyenne est supérieure, mais la présence des hauts plateaux de l'Altiplano permet de parcourir de plus longues distances avec moins de dénivelés. Plus au nord, en Équateur et en Colombie, le relief est tout aussi tourmenté, mais tout de même en moyenne un peu plus bas. À l'est, le Brésil ne présente que son immense et plat bassin amazonien. Si bien qu'on peut affirmer qu'un road trip au Pérou est l'un des plus éprouvants qu'on puisse imaginer sur le continent.
Il y a beaucoup de poussière et peu d'eau, et la présence de quelques sites touristiques majeurs et très fréquentés — Arequipa, Nazca, Cusco, le Machu Picchu — ne saurait faire oublier la relative absence d'infrastructures pour les voyageurs en véhicule indépendant. On trouve très peu de campings, même en bord de mer, et il est souvent difficile de se laver, de faire le plein d'eau douce, ou simplement de trouver des douches dans les stations-service.
Les paysages sont souvent très beaux, et les vallées verdoyantes et abruptes se succèdent à l'infini, offrant parfois des panoramas impressionnants sillonnés de routes improbables. Mais ce n'est pas un voyage de tout repos, et l'aborder, comme nous l'avons fait, à la suite d'un enchaînement direct de la Puna argentine, de la Bolivie et du désert d'Atacama, sans repos intermédiaire, n'est à envisager que pour des baroudeurs avertis.
Pour ce qui nous concerne, nous avons eu le sentiment que le menu était un peu trop copieux, et nous avons fini ce segment très fatigués.
La remontée par la côte, sans surprise, ne nous a pas vraiment charmés. Le ciel est blanc, les oiseaux de mer nombreux, et les abords de la route se présentent comme une interminable décharge à ciel ouvert. De rares stations balnéaires, abandonnées en basse saison, ne parviennent guère à égayer cet ensemble lugubre.
On note une exception notable près de Nazca, où de beaux vestiges précolombiens ainsi que la présence des fameux géoglyphes, les lignes visibles du ciel, offrent enfin la possibilité de s'enthousiasmer pour autre chose que les pélicans. D'une façon tout à fait surprenante, il est possible de s'amuser à faire des repérages et des prises de vue en drone.
L'intérieur du pays nous a davantage attirés, mais compte tenu de la difficulté, nous n'en avons parcouru qu'une toute petite partie. Arequipa nous a charmés par ses magnifiques églises, couvents et places coloniales. La vallée sacrée nous a plongés dans l'immensité des sites incas. Le Machu Picchu nous a partagés : l'accès en train et la montée vers le site sont spectaculaires, mais aussi touristiques qu'il nous avait été annoncé. Au point de gâcher la fête ? La question reste posée.



Quelques aperçus de la vallée sacrée




Le classique des classiques
Le canyon de Colca nous a laissé un souvenir plus simple et plus net. Les paysages y sont spectaculaires, mais c'est surtout l'observation des condors qui nous aura marqués. Les voir planer dans l'air froid du matin, parfois très près de nous, faisait partie de ces moments qui justifient à eux seuls l'effort de la route.


Le canyon de Colca : sans doute notre plus beau moment d'observation des condors.
Ce que nous avons fait d'un peu différent, par rapport aux autres voyageurs au profil similaire, c'est de pousser notre route jusqu'en Amazonie, ce qui suppose, à l'aller comme au retour, deux à trois journées d'une route éprouvante au travers de la bien nommée forêt des nuages. Le jeu en vaut-il la chandelle ? C'est difficile à dire. Nous sommes restés deux ou trois jours dans le bassin amazonien, et si nous avons eu l'occasion de faire quelques belles photos d'oiseaux, ceux-ci auraient au fond été plus faciles à voir en Équateur, en Colombie ou au Costa Rica, en nous éloignant moins de notre route.











Cette incursion amazonienne aura donc été l'un de ces détours dont on ne sait jamais très bien s'ils relèvent de la bonne intuition ou de l'entêtement. Nous y avons trouvé des rencontres, un peu de calme, et surtout une belle diversité d'oiseaux. Mais elle a aussi confirmé que le Pérou, en véhicule indépendant, n'offre pas toujours les solutions simples que l'on espère.
Pour nous, le Pérou gardera son mystère. Y retournerons-nous ? Sans doute pas. Avons-nous eu le sentiment d'avoir bien découvert et compris le pays ? Sans doute pas davantage. C'est très bien comme cela. L'Altiplano ne se laisse pas dominer sans résistance. En tout cas pas par nous.
Les "J'aime / J'aime pas" de Manu au Pérou
J'ai aimé
- Les lignes de Nazca ++
- Les monuments d'Arequipa +
- Le panorama du canyon de Colca, meilleur endroit, de surcroît, pour observer les condors ++
- La vue classique du Machu Picchu +
J'ai moins aimé
- La difficulté des routes de montagne -
- Les embouteillages des faubourgs de Cusco --
- La quasi-impossibilité de visiter la zone amazonienne sans agence ou tour-opérateur très cher -
