Traversée transaméricaine
Calgary, Bella Coola, Yellowstone, New York, Halifax et les ours polaires de Churchill
Cette traversée transaméricaine n'aurait jamais dû exister. Dans le projet initial, après l'Alaska, nous devions poursuivre vers l'Asie en traversant le Pacifique avec Oscar. Mais le voyage, comme souvent, a fini par se réorganiser autour de contraintes très concrètes : absence de solution maritime satisfaisante, coûts excessifs, obstacles administratifs et nécessité de revenir en Europe avant de repartir vers l'Est. Ce détour imposé allait pourtant devenir l'une des plus belles séquences de tout notre tour du monde.
Il suffit de comparer l'itinéraire prévu au départ avec l'itinéraire réellement accompli pour mesurer l'ampleur du changement. Pendant longtemps, l'idée maîtresse avait été de boucler le tour du monde en continu, d'est en ouest, en prolongeant immédiatement l'Amérique par l'Asie. J'avais donc passé beaucoup de temps, surtout au cours du printemps 2024, à chercher une solution pour faire embarquer Oscar sur un navire entre la côte ouest américaine et l'Asie.
Sur le papier, cela paraissait simple. Il existe un trafic important de ro-ro entre l'Asie et l'Amérique du Nord, notamment parce que beaucoup de voitures neuves fabriquées en Asie sont transportées vers le marché américain. Je pensais donc qu'il suffirait de trouver le bon intermédiaire pour emprunter, à notre modeste échelle, l'une de ces grandes routes du commerce mondial.
La réalité fut très différente. Plus je contactais d'agences, plus je consultais d'autres voyageurs, plus je comprenais que ces lignes étaient presque entièrement pensées pour les professionnels. Tacoma, près de Seattle, aurait été le port de départ idéal, mais j'étais prêt à descendre jusqu'à Los Angeles si nécessaire. Rien ne fonctionnait vraiment. Il n'y avait pratiquement pas de solution d'arrivée en Chine, et la meilleure proposition sérieuse que j'ai trouvée tournait autour de 10 000 dollars pour rejoindre Singapour.
Or Singapour posait immédiatement d'autres problèmes. Oscar étant un véhicule ancien, il n'aurait pas eu le droit de circuler normalement sur place. Il aurait fallu le faire remorquer hors du port, traverser ensuite la Malaisie, puis risquer de se retrouver bloqués en Thaïlande, où les règles applicables aux véhicules étrangers étaient alors très contraignantes. À chaque solution apparaissaient de nouvelles difficultés.
Nous étions aussi en contact avec la famille Lingot, qui se trouvait quelques mois derrière nous et rencontrait les mêmes obstacles. Eux feraient finalement un choix différent. Pour nous, le mur administratif et économique était devenu trop haut. À l'inverse, revenir en Europe par l'Atlantique apparaissait beaucoup plus simple, beaucoup moins coûteux, et laissait ouverte la possibilité de repartir ensuite vers l'Asie depuis l'Europe.
Nous avons donc décidé de découper la fin de notre Amérique du Nord en deux temps. Après la boucle vers l'Alaska, nous rentrerions en France pour l'été, notamment pour nous occuper de nos petits-enfants, puis nous reviendrions à Calgary récupérer Oscar. Cette solution présentait plusieurs avantages : un vol WestJet relativement bon marché entre Calgary et Paris, des conditions d'entreposage très correctes pour Oscar, la possibilité de traverser le continent à l'automne, de profiter de l'été indien, de revoir Yellowstone à une autre saison et de découvrir une partie de la côte est américaine avant de renvoyer Oscar vers l'Europe.
Ce segment n'aura finalement duré que cinquante jours, du 23 septembre au 13 novembre 2024. Mais ces cinquante jours allaient concentrer une quantité significative de souvenirs : les grizzlys de Bella Coola, Waterton sous les couleurs d'automne, Yellowstone au moment du brame, le mont Rushmore, une panne sérieuse dans l'Indiana, les Amish de Shipshewana, New York avec Oscar, l'été indien canadien, puis, pour finir, les ours polaires de Churchill.
Retour à Calgary et remise en route d'Oscar
Je suis arrivé seul à Calgary. Isabelle avait fait escale quelques jours à Montréal pour être auprès de sa fille Émilie, dont la grossesse était difficile. Pendant ce temps, je devais m'occuper d'Oscar, et notamment vérifier que la réparation improvisée juste avant notre départ tenait correctement.
La veille de laisser Oscar à Calgary, nous avions découvert une fuite d'huile importante au niveau du bouchon de vidange du carter. En réalité, le pas de vis avait été forcé lors d'une vidange précédente, et il n'existait plus aucun bouchon capable d'assurer une étanchéité correcte. La situation était assez préoccupante : nous devions partir en France, mais il était impossible de laisser le véhicule ainsi.
Nous avions fini par trouver, dans l'urgence, une solution de type piggyback : un gros bouchon soudé en bas du carter, lui-même muni d'un petit bouchon permettant les vidanges ultérieures. Cette réparation était plus difficile qu'il n'y paraît, car peu de mécaniciens acceptent de souder à cet endroit, à cause du risque d'incendie lié aux vapeurs d'huile. Un mécanicien de Calgary avait finalement accepté de nous aider, et nous lui en sommes encore reconnaissants.
À mon retour, il fallait donc reprendre Oscar, contrôler la réparation, nettoyer, vérifier, remettre en ordre, refaire une petite révision générale. Pendant qu'Isabelle était à Montréal, j'ai passé ces premiers jours à m'assurer que nous pouvions repartir sans mauvaise surprise. Le voyage commençait encore une fois par de la mécanique, ce qui n'était pas vraiment nouveau, mais restait toujours un peu éprouvant.
Bella Coola, pour voir enfin les ours pêcher
Dès l'arrivée d'Isabelle à Calgary, nous avons quitté provisoirement Oscar pour une parenthèse en avion et en véhicule de location. L'objectif était Bella Coola, sur la côte de Colombie-Britannique. Nous n'avions pas vraiment épuisé notre désir d'ours, et surtout nous n'avions toujours pas vu, dans des conditions satisfaisantes, de grizzlys pêchant le saumon.
Aller à Bella Coola avec Oscar aurait demandé beaucoup de temps, d'énergie et de carburant. La solution la plus rationnelle était donc paradoxalement de prendre l'avion. Nous avons volé de Calgary à Kamloops, en survolant les Rocheuses, puis nous avons poursuivi jusqu'à Williams Lake avant de rejoindre Bella Coola avec un gros pickup Ford de location, flambant neuf, parfaitement adapté aux routes de la région, nous arrêtant pour la nuit dans les motels de passage. Nous avons bien aimé cet interlude si différent de notre mode de voyage habituel.
La parenthèse de Bella Coola commença par une traversée de la Colombie-Britannique en véhicule de location, dans les couleurs d'automne, avant de nous offrir enfin quelques grizzlys pêchant les saumons.
Bella Coola est l'un de ces lieux où l'on peut encore observer des ours dans des conditions relativement simples. Un observatoire gratuit, surveillé par des rangers, permet de tenter sa chance au bord de la rivière. On ne contrôle évidemment rien. Les ours viennent ou ne viennent pas, selon les saumons, la saison, la lumière, les hasards du moment.
Nous n'avons pas vu beaucoup d'ours. Trois ou quatre, peut-être les mêmes individus revenus plusieurs fois. Nous sommes arrivés un soir, nous les avons observés une première fois, puis nous avons passé une journée complète sur place avant de les revoir encore le matin du départ. Ce n'était pas Brooks Falls, ni sans doute ce qu'aurait pu être une grande sortie à la Chilkoot River de Hanes. Mais nous avons enfin vu des grizzlys pêcher les saumons dans une rivière, ce qui suffisait à justifier le détour.
Waterton et Glacier sous les couleurs d'automne
De retour à Calgary, nous avons repris Oscar et la traversée proprement dite a commencé. Nous sommes d'abord retournés à Waterton Lakes. Nous avions déjà beaucoup aimé ce parc quelques mois plus tôt, lors de notre montée vers le Nord. Cette fois, nous y revenions dans une autre saison, avec des couleurs d'automne et beaucoup moins d'attentes animalières.
Nous avons revu quelques ours, mais beaucoup moins qu'au printemps. L'étape fut donc davantage paysagère. Les routes, les lacs, les collines jaunes, les montagnes et la lumière plus basse donnaient au parc une tonalité différente. Waterton nous confirmait qu'il n'avait pas besoin d'être spectaculaire pour être attachant. Il y a dans ce lieu une forme de simplicité qui nous convient.
À Waterton, l'automne avait remplacé l'abondance animale du printemps. Nous y avons moins cherché les ours que les paysages, les lumières basses et les premières couleurs jaunes de cette traversée.
Nous sommes ensuite repassés côté américain pour traverser enfin Glacier National Park par la Going-to-the-Sun Road. Lors de notre premier passage, la route était encore fermée par la neige, et nous avions eu l'impression de tourner autour du parc plus que de le découvrir. Cette fois, au moins, nous n'avions plus de regret. La route est belle, évidemment. Elle mérite sa réputation, même si je n'irais pas jusqu'à partager l'enthousiasme souvent exagéré de certains voyageurs américains. Mais Glacier pouvait désormais être rangé à sa juste place dans notre mémoire : non plus comme un rendez-vous manqué, mais comme un beau passage de montagne, enfin accompli.
Retour à Yellowstone
Nous sommes ensuite redescendus vers Gardiner, à l'entrée nord de Yellowstone. Nous étions revenus dans un territoire déjà connu, presque familier. Lors de notre premier passage, nous avions appris à aimer le parc en répétant les mêmes routes, en observant Lamar Valley, en discutant avec les photographes et les wolf watchers. Cette fois, nous n'avions que deux jours, du 7 au 9 octobre, mais nous savions exactement où nous voulions aller.
Le Yellowstone d'automne était très différent du Yellowstone de printemps. Les ours avaient pratiquement disparu de notre expérience. La saison était terminée pour eux, ou du moins ils étaient remontés vers les hauteurs pour préparer l'hibernation. Nous n'en avons pas vu, ou alors de si loin que le souvenir n'en a rien gardé.
En revanche, le parc était rempli d'herbivores et de sons. C'était la saison du brame des wapitis. Les photos ne peuvent pas restituer cette dimension, mais elle a compté presque autant que les images. Le cri des mâles traversait l'espace, étrange, aigü, et jusqu'au minuscule parking de la bibliothèque de Gardiner où nous passions la nuit non loin des troupeaux descendus des montagnes se reposer en fin de journée.
À Yellowstone, l'automne avait changé le parc. Les ours avaient disparu de notre horizon, mais les wapitis bramaient dans les vallées, les bisons formaient de grands troupeaux, et les élans occupaient les zones humides.
Nous avons aussi profité de ce second passage pour compléter notre visite géologique. Lors de la première traversée, nous avions manqué le Grand Prismatic Spring. Cette fois, nous sommes allés le voir sous plusieurs angles, depuis les passerelles et depuis les points de vue en hauteur. Nous avons également parcouru des zones de boues, de geysers et de bassins que nous n'avions pas pris le temps d'explorer auparavant.
Yellowstone est parfois trop organisé, trop fréquenté, trop administré. Mais il reste géologiquement unique en son genre. Les bassins colorés, les vapeurs, les odeurs de soufre, les boues qui éclatent en bulles épaisses, les geysers dont certains portent des noms presque mécaniques, comme Steamboat Geyser, donnent au parc une identité que rien d'autre ne remplace.
Ce second passage à Yellowstone fut aussi plus géologique : Grand Prismatic, bassins thermaux, geysers et champs de boue complétaient ce que nous avions surtout vécu, au printemps, comme une expérience animalière.
Yellowstone en hiver nous tenterait encore. Mais ce serait une autre expédition, un autre budget aussi, avec des guides spécialisés, des accès limités et des véhicules adaptés. Nous l'avons remis à plus tard. En octobre 2024, il nous fallait déjà reprendre la route vers l'est.
Little Bighorn et les territoires amérindiens
Nous sommes sortis de Yellowstone par le nord-est, puis nous avons pris la direction du mont Rushmore. Sur la route, nous avons traversé plusieurs territoires amérindiens, avec cette impression assez forte d'entrer dans une autre Amérique. Dans certains villages, la présence indigène n'est pas seulement un souvenir historique ou un motif de musée : elle est là, visible, quotidienne, sociale.
Nous nous sommes arrêtés au Little Bighorn Battlefield National Monument. Le site commémore la bataille de 1876 qui opposa le 7e régiment de cavalerie du lieutenant-colonel Custer à une coalition de guerriers lakotas, cheyennes et arapahos. Il serait trop simple de parler de « cow-boys contre Indiens ». Ce n'était ni cela militairement, ni cela historiquement. Mais dans l'imaginaire américain, Little Bighorn reste l'un des lieux où se cristallise l'affrontement entre l'expansion blanche et les peuples des plaines.
Le fait que le site soit situé dans un environnement amérindien change beaucoup la perception. On ne visite pas seulement un champ de bataille américain. On traverse un territoire où les vaincus de l'histoire officielle restent présents, où les noms, les visages, les monuments, les villages et les cimetières rappellent que la conquête de l'Ouest n'est pas seulement un récit de pionniers courageux, mais aussi de guerre, de mémoire blessée et de survie.
Le mont Rushmore, patriotisme et mise en scène nationale
Nous avons ensuite poursuivi vers le mont Rushmore. La montée finale fut plus longue et plus raide que prévu, et nous sommes arrivés à la nuit. Je m'étais mis en tête de voir le monument éclairé, et je commençais à m'énerver en pensant que nous allions manquer cette image. Finalement, nous l'avons eue exactement comme je l'imaginais.
Little Bighorn puis le mont Rushmore racontent deux mémoires américaines très différentes : celle des peuples des plaines et celle d'un patriotisme national sculpté directement dans la montagne. Peu après, Oscar connut aussi sa première véritable montée sur dépanneuse.
Le lendemain, nous sommes revenus visiter le mémorial plus calmement, avec son musée consacré à la construction du monument. Le mont Rushmore est typiquement américain dans sa manière de transformer l'histoire nationale en grand décor. Quatre présidents, une falaise, des drapeaux, un dispositif de visite, un récit d'ingénierie et de volonté collective : tout y est fait pour produire une forme de respect civique.
Les visiteurs étaient presque tous américains. Ils ne venaient pas seulement voir une curiosité sculptée dans la roche. Ils venaient rendre hommage à leur manière aux figures les plus illustres de leur pays. Il y avait là un patriotisme calme, familial, très assumé, qui peut paraître étrange à des Français plus ironiques ou plus distants envers leurs symboles nationaux. Mais il serait trop facile de le mépriser. Les Américains savent encore organiser des lieux où leur histoire commune prend une forme tangible et popularisable.
Le roulement d'Oscar et la panne de l'Indiana
Après le mont Rushmore, nous avons repris la route vers l'est. C'est là qu'Oscar nous a "offert" le dernier incident mécanique sérieux de cette partie du voyage. Nous roulions sur l'autoroute lorsque j'ai senti que quelque chose n'allait pas. Une vibration, une sensation anormale, suffisamment nette pour que je décide immédiatement de sortir et de me garer dans une station-service.
J'avais eu raison. La roue avant droite menaçait presque de se détacher. Le roulement était complètement détruit. La situation aurait pu devenir dangereuse si nous avions continué quelques kilomètres de plus. J'ai appelé Stéphane, en France, que nous avions connu grâce à notre chaîne Youtube et qui était devenu, à distance, notre assistant mécanicien en chef. Il m'a fait une consultation très détaillée par téléphone, et nous avons convenu qu'il fallait absolument trouver un garage sérieux.
Nous avons donc passé deux jours immobilisés dans l'Indiana, à attendre un dépannage. Par chance, j'avais emporté des roulements de rechange. Je ne sais pas exactement quelle intuition m'avait conduit à prendre ces pièces, mais elle nous a clairement sauvés. Le garage a pu intervenir correctement. La seule inquiétude concernait la fusée, peut-être endommagée par l'usure du roulement.
Plus tard, vers Detroit, nous avons cherché une fusée de rechange dans un magasin de pièces anciennes, sans succès. Nous avons donc décidé de prendre le risque de continuer avec celle que nous avions. De retour en France, plusieurs mois plus tard, un mécanicien finit par l'examiner et estimera finalement qu'elle n'était pas suffisamment abîmée pour être remplacée. Cette fusée n'a donc jamais été changée.
L'épisode reste tout de même important dans la petite biographie mécanique d'Oscar. Il avait déjà été tiré sur plusieurs kilomètres en Namibie, près de Solitaire, après la perte de son arbre de transmission. Il avait aussi été tracté sur quelques mètres, ici ou là, à l'aide de cordes ou de 4x4. Mais il n'était encore jamais monté sur une dépanneuse. Il aura fallu attendre presque la fin de l'Amérique pour que cela arrive.
Shipshewana et les Amish
Cette panne a au moins eu une conséquence heureuse : elle nous a retenu plus longtemps que prévu dans l'Indiana, à proximité de communautés amish que je souhaitais de toute façon visiter. A la lecture des prospectus publicitaires trouvés dans le hall d'hôtel où nous avions trouvé refuge pendant les réparations d'Oscar, nous avons adapté nos plans et nous sommes donc dirigés vers Shipshewana, qui allait devenir l'une des bonnes surprises culturelles de cette traversée.
Nous étions en pleine période de préparation de l'automne. Les Amish ne fêtent pas Halloween à proprement parler, fête trop païenne ou trop extérieure à leur culture religieuse, mais toute la région était remplie de citrouilles, de décorations saisonnières, de marchés, de produits agricoles et de cette atmosphère très particulière des campagnes américaines en octobre.
Shipshewana nous a paru beaucoup plus juste que Lancaster pour approcher la culture amish : moins de mise en scène touristique, davantage de vie quotidienne, des buggies sur les routes publiques et une vraie présence communautaire.
Nous avons visité des lieux d'interprétation locale consacrés à l'histoire et au fonctionnement des communautés anabaptistes. Nous avons fait un tour en buggy, visité une ferme, puis dîné dans une famille amish, en compagnie d'un guide qui nous expliquait les usages, les règles, les limites et les compromis de cette vie communautaire.
Ce qui nous a plu à Shipshewana, c'est précisément que l'on pouvait aussi sortir du dispositif touristique. Les routes sont publiques, les champs sont réels, les buggies ne circulent pas pour les visiteurs, mais parce qu'ils sont le moyen de transport ordinaire de beaucoup de familles. Il fallait d'ailleurs faire attention en conduisant : les voitures et les buggies partagent réellement la chaussée.
Plus tard, nous sommes d'ailleurs passés aussi par Lancaster, en Pennsylvanie, autre région amish beaucoup plus connue. Mais l'équilibre nous y a paru moins intéressant, avec davantage de touristes et, paradoxalement, moins de présence amish authentiquement perceptible. Shipshewana gardait un caractère plus naturel, moins commercial, plus rural. Pour comprendre un peu cette culture sans la réduire à une attraction, c'était probablement un meilleur endroit.
Detroit, Niagara et la route vers New York
Après ce détour par l'Indiana, où la panne nous avait retenus plus longtemps que prévu, nous avons repris la route vers le nord-est. L'idée était de passer par les chutes du Niagara avant de rejoindre la côte Est. Nous sommes donc revenus vers le Canada en passant par Detroit, ville qui nous a laissé une impression assez sombre.
Detroit porte encore très visiblement les marques de la désindustrialisation américaine. Friches, bâtiments abandonnés, immenses structures vides, quartiers où l'on devine une grandeur ancienne devenue difficile à habiter : tout cela compose un décor un peu glauque, mais historiquement parlant très parlant. Après l'Amérique triomphante du mont Rushmore ou l'Amérique communautaire de Shipshewana, Detroit rappelait une autre réalité du pays : celle des industries parties, des centres urbains abîmés, des rêves mécaniques laissés en ruine.
Les chutes du Niagara nous ont plu, sans excès. Nous avions vu auparavant les chutes Victoria et Iguazú, et la comparaison n'était pas vraiment favorable à Niagara. Les chutes sont belles, bien sûr, puissantes, faciles d'accès, mais l'environnement très aménagé, très éclairé, très touristique, leur donne un caractère presque décoratif. Le soir, les lumières projetées sur l'eau ajoutent une touche spectaculaire, typiquement nord-américaine, que l'on peut trouver plaisante sans y voir un grand moment de nature.
Niagara nous a moins impressionnés que Victoria ou Iguazú, mais le site garde une puissance réelle, surtout lorsqu'il bascule le soir dans une mise en lumière très nord-américaine.
Cette étape avait surtout pour fonction de nous replacer sur la route de l'Est, pour la traversée des Etats de New York et de Pennsylvanie, puis enfin la ville de New York elle-même. Nous y avions rendez-vous avec Chris, un ancien ami d'Isabelle, mais nous avons d'abord voulu traverser la ville par nous-mêmes, avec Oscar.
New York avec Oscar
New York fait partie de ces villes qui changent d'échelle dès que l'on y entre avec son propre véhicule, surtout lorsqu'il s'agit d'un vieux Volkswagen LT aménagé, haut, lent, un peu bruyant et chargé de plusieurs années de voyage. Nous nous sommes amusés à aller jusqu'à Times Square avec Oscar, à nous glisser dans cette circulation, à chercher un endroit où nous arrêter, à introduire notre maison roulante dans l'un des décors urbains les plus célèbres du monde.
Le plus étonnant fut sans doute notre nuit. Après avoir vérifié attentivement les règles de stationnement, nous avons trouvé une place parfaitement légale tout près de Central Park, à deux pas de la Cinquième Avenue. Nous avons donc dormi dans Oscar, dans l'un des secteurs où le foncier est parmi les plus chers du monde, simplement parce que le règlement l'autorisait pour une nuit. Ce contraste nous amusait beaucoup. Il résumait assez bien ce que permet parfois le voyage en véhicule : occuper provisoirement, sans prestige ni argent particulier, un espace normalement réservé à une toute autre forme de richesse.
Nous avons aussi voulu voir la statue de la Liberté. L'affaire avait mal commencé. Nous avions acheté des billets auprès de vendeurs qui nous parurent un moment douteux, nous nous étions trompés d'embarcadère, nous avons eu du mal à nous garer, puis nous avons raté le bateau prévu. Pendant une heure ou deux, l'étape semblait tourner au contretemps inutile.
Comme souvent aux États-Unis cette année-là, la malchance apparente se transforma pourtant en chance. En partant plus tard, nous avons approché la statue dans une lumière de soirée magnifique, avec une lueur orangée qui donnait au monument beaucoup plus de force que ne l'aurait fait une visite plus ordinaire. Au retour, New York s'allumait peu à peu. La skyline brillait dans la nuit, les immeubles se découpaient sur le ciel, et la ville méritait pleinement, ce soir-là, son grand surnom de ville qui ne dort jamais.
New York fut l'une des grandes étapes urbaines d'Oscar : Times Square, nuit près de Central Park, statue de la Liberté dans la lumière du soir, puis skyline illuminée au retour.
Ce passage à New York occupe une place particulière dans notre itinéraire. Oscar avait traversé beaucoup de capitales, de villes secondaires, de ports, de villages, de métropoles sud-américaines ou nord-américaines, mais il avait rarement mis ses roues dans une ville-monde aussi immédiatement reconnaissable. New York n'est pas la capitale politique des États-Unis, mais elle reste, avec Paris peut-être, l'une des villes qui incarnent le mieux l'idée même de métropole mondiale.
Le fait d'y arriver avec Oscar changeait tout. Nous n'étions pas des touristes d'hôtel, ni des visiteurs descendus d'un taxi ou d'un métro. Nous étions là avec notre véhicule, notre cuisine, notre lit, nos outils, nos pièces mécaniques, notre désordre de voyageurs. Cette présence un peu incongrue donnait à la ville une saveur particulière. Nous n'avons pas prétendu visiter New York en profondeur. Nous l'avons traversée à notre manière, ce qui suffisait largement à inscrire cette étape dans le récit du tour du monde.
Chez Chris, une Amérique résidentielle et prospère
Nous sommes ensuite allés retrouver Chris, un ancien ami américain d'Isabelle, qu'elle avait connu lorsqu'il était étudiant à Paris. Ils étaient restés en contact, et cette visite nous a permis d'entrer, pour quelques heures, dans une Amérique que nous avions finalement assez peu fréquentée de l'intérieur : celle des cadres supérieurs, des banlieues résidentielles aisées, des familles installées dans un confort très fonctionnel.
Chris est francophone et francophile, ce qui facilitait évidemment la rencontre. Sa vie correspondait assez bien à l'image que l'on peut se faire d'une certaine réussite américaine : une belle résidence protégée, un bon niveau de revenus, des enfants qui réussissent leurs études, une épouse active, sportive, attentive à son mode de vie, des loisirs, de l'espace, de l'organisation. Tout paraissait à la fois très opulent, très réglé, mais aussi sympathique et ouvert.
Ce genre d'étape est intéressant parce qu'il complète les images plus spectaculaires du pays. L'Amérique ne se résume ni aux grands parcs, ni aux villes abîmées, ni aux décors de cinéma, ni aux communautés religieuses. Elle est aussi faite de ces zones résidentielles prospères où la vie semble organisée autour de la famille, du travail, de la maison, de la voiture, du sport et des études des enfants. On peut sourire de cette normalité très codée, mais elle fonctionne manifestement pour beaucoup de gens.
Montréal, Québec et les couleurs de l'automne
À partir de New York, il fallait commencer à nous diriger vers le point final de la traversée : Halifax, d'où Oscar devait repartir par bateau vers l'Europe. Nous avons toutefois fait un détour par Montréal pour revoir Émilie, puis nous promener brièvement dans la ville. Montréal nous ramenait en territoire francophone, mais dans une version nord-américaine, familière et décalée à la fois.
Nous avons ensuite poursuivi vers Québec, puis vers les provinces maritimes. À ce moment du voyage, les paysages d'automne sont devenus l'un des fils conducteurs de la fin de parcours. Nous avions déjà rencontré les premières couleurs du côté de Bella Coola, puis à Waterton. Elles avaient ensuite accompagné certaines campagnes de Pennsylvanie et les régions moins urbanisées au nord de New York. Mais c'est surtout en remontant vers Montréal, puis entre Montréal et Québec, que les forêts ont pris cette ampleur orangée que l'on associe à l'été indien.
La fin de la traversée fut portée par les couleurs de l'été indien : forêts jaunes, rouges et orangées, route vers Québec, puis bascule progressive vers le dernier chapitre du voyage, sans Oscar cette fois.
Après des mois d'une Amérique souvent spectaculaire, parfois excessive, cette fin de route prit un rythme plus paisible. Nous ne roulions plus seulement pour découvrir, mais aussi pour conclure. Les érables, les forêts, les routes canadiennes, les villages et les lumières basses donnaient à cette approche d'Halifax une tonalité de sortie. Nous n'étions pas encore au bout du voyage, mais nous approchions clairement de la fin de notre Amérique.
Halifax, la séparation avec Oscar
À Halifax, il fallait exécuter les formalités portuaires pour renvoyer Oscar vers l'Europe. Tout se passa de manière très professionnelle et très simple. Après tant de frontières, de ports, d'agences, de garages, de papiers et de petites inquiétudes administratives, cette efficacité avait quelque chose de presque reposant.
Le moment n'en était pas moins symbolique. Nous avons remis les clés, embrassé Oscar, puis l'avons laissé quelque part sur un quai, en attendant qu'il embarque pour traverser l'Atlantique. Il avait accompli l'Amérique, de l'Uruguay à Ushaïa, d'Ushuaïa à l'Alaska, de l'Alaska à Halifax, avec des détours, des pannes, des réparations improbables, des routes magnifiques et d'improbables surprises. Le laisser là, même provisoirement, ce n'était pas seulement abandonner un véhicule à une procédure de transport. C'était clore une immense séquence de notre vie.
De Winnipeg à Churchill, le train vers le Nord
Après Halifax, nous n'étions plus en mode voyageurs motorisés. Nous avons repris l'avion vers Montréal, puis Winnipeg, avec de simples sacs à dos et notre matériel photographique. Une dernière aventure nous attendait pourtant : rejoindre Churchill en train pour aller voir les ours polaires.
Le train de Winnipeg à Churchill est une expérience en soi. Il remonte lentement vers le nord, à travers des paysages qui se vident, se refroidissent, s'aplatissent, puis s'enneigent progressivement. Il n'y avait pas une grande épaisseur de neige, mais suffisamment pour sentir que nous changions de monde. Nous quittions les routes, les villes, les forêts d'automne, pour entrer dans une Amérique subarctique plus lente, plus silencieuse, plus suspendue.
Les conditions de confort nous ont surpris. Le train n'était pas bondé, non parce qu'il n'y avait pas de demande, mais parce que le nombre de places vendues semblait volontairement limité. Chacun disposait presque de quatre sièges. Les fauteuils tournaient, s'inclinaient, permettaient de s'installer correctement pour un trajet d'environ deux jours. L'ambiance n'avait rien d'un transport saturé. On avait plutôt le sentiment d'un voyage organisé, mais sans lourdeur.
Une hôtesse s'est présentée longuement à nous, nous a expliqué le fonctionnement du train, les repas, les arrêts, les règles, les possibilités. Peu à peu, une relation presque amicale s'est créée. Nous pouvions laisser nos sacs, nos portefeuilles, nos appareils photo visibles à nos places, puis partir au wagon-restaurant ou au dôme panoramique sans aucune inquiétude. Le café, l'eau chaude, les circulations dans le train, tout se faisait dans une confiance tranquille.
Le dôme panoramique, surtout de nuit, reste l'un des beaux souvenirs de ce trajet. Voir la voie ferrée filer dans l'obscurité, au milieu de territoires presque vides, donnait au voyage une dimension très particulière. Nous n'étions plus dans l'aventure mécanique d'Oscar. Nous étions redevenus passagers, confiés au train, au Nord, à la lenteur et à cette dernière promesse d'ours.
Le train de Winnipeg à Churchill fut une transition parfaite : deux jours de lenteur, de confort inattendu, de paysages de plus en plus nordiques.
Churchill, nos derniers ours d'Amérique
L'organisation de Churchill avait été l'une des parties les plus difficiles à préparer. J'avais réservé très tard, presque à l'extrême limite, dans le courant du mois de septembre. Il restait très peu de places, aussi bien pour dormir que pour participer aux excursions. J'avais réussi à trouver un bed and breakfast et quelques sorties, et surtout à réserver les dernières places de train à la toute meilleure saison d'observation (début du mois de novembre), sans parvenir à remplir parfaitement l'agenda. Mais nous avions l'essentiel.
Churchill est un lieu à part, presque entièrement structuré, à cette saison, autour des ours polaires. Les grands buggies à neige transportent de nombreux visiteurs vers la toundra, dans des véhicules hauts, massifs, capables d'approcher les ours sans danger. Nous avons fait une seule excursion de ce type, mais nous avons surtout privilégié de petites agences locales, avec des guides photographes spécialisés et des groupes réduits.
Churchill fut la conclusion animale rêvée de notre Amérique : ours polaires, toundra, guides photographes, petits groupes, et cette impression d'avoir atteint une dernière limite du continent.
Ces sorties en 4x4 nous correspondaient davantage. Nous étions trois ou quatre touristes à l'arrière, accompagnés par des guides remarquables, très professionnels, souvent eux-mêmes photographes, capables de comprendre ce que l'on cherche, d'anticiper les comportements, de lire le terrain, d'expliquer sans bavardage inutile. Dans ce type d'expérience, la qualité du guide change tout.
Les photographies de Churchill justifient presque une page à part. Nous n'avons pas seulement vu des ours polaires : nous avons vécu plusieurs jours entiers dans leur attente, leur présence et leur territoire.
Nous avons là encore eu beaucoup de chance. Les ours étaient là, dans de bonnes conditions, assez proches parfois, suffisamment actifs pour que l'expérience ne se réduise pas à quelques silhouettes blanches posées au loin. Il faudrait, pour rendre justice à Churchill, renvoyer aux albums photos et aux vidéos. Les mots résument mal ce genre d'expérience. Une photographie seule ne suffit pas non plus, mais une série complète permet au moins d'approcher ce que nous avons vécu.
J'ai consacré à Churchill l'une des vidéos les plus longues de toute la chaîne YouTube À notre tour. Elle m'a demandé énormément de travail, mais je crois qu'elle le méritait. Pour les visiteurs du site qui voudront approfondir, c'est probablement le meilleur complément à cette page. Les ours polaires ne sont pas un simple épisode de plus. Ils constituent la conclusion naturelle de toute la grande séquence nord-américaine commencée des mois plus tôt avec les ours noirs et les grizzlys.
Notre séjour à Churchill s'est principalement déroulée entre notre Bed and Breakfast très cosy et les 4x4 équipés pour la photographie dans la toundra. La dernière image, un peu ratée, montre une aurore boréale qu'Isabelle a photographiée à travers la vitre du train , qui allait pourtant jouer un rôle déterminant dans la suite de notre histoire.
Pour nous, Churchill fut un très grand moment. La meilleure conclusion possible à ce segment américain, lui-même divisé en deux grandes parties : la traversée du printemps, portée par l'éclipse, les grands parcs, Las Vegas et Yellowstone, puis cette traversée d'automne, plus brève, plus concentrée, mais presque aussi riche en images fortes. Avec le recul, nous savons désormais que cette année 2024 restera, et de loin, le segment le plus réussi du voyage.
Si j'essaie de reconstituer mentalement les dix ou vingt plus grands moments de tout notre tour du monde, près de la moitié se trouve dans cette seule séquence nord-américaine : l'éclipse, Graceland, le mariage à Las Vegas, les grizzlys de Lake Clark, la Dempster et Tuktoyaktuk, puis les ours polaires de Churchill. Il y a des années où le voyage donne plus qu'on ne pouvait espérer, et il y a parfois une année qui surpasse toutes les autres. Pour nous, 2024 fut cette année-là.
Pour prolonger Churchill
À titre exceptionnel, et pour rendre davantage hommage à cette étape en forme d'apothéose, cette section renvoie directement à l'album photo et à la vidéo YouTube consacrés aux ours polaires de Churchill. C'est le seul moyen de restituer un peu l'ampleur de cette expérience, bien au-delà des rares images insérées dans le présent récit.
- Voir l'album photo des ours polaires de Churchill
Album détaillé
Les ours polaires
Une vidéo forte de la saison nord-américaine, autour de l’une des rencontres animalières les plus marquantes du voyage.
Regarder sur YouTubeLes « J'aime / J'aime pas » de Manu sur cette traversée transaméricaine
J'ai aimé
- Le choix finalement très judicieux de revenir en Europe par l'Atlantique plutôt que de s'acharner sur une traversée du Pacifique administrativement et financièrement presque impossible +
- La réparation du bouchon de vidange à Calgary, parce qu'elle nous a permis de repartir malgré une situation mécanique assez préoccupante +
- Bella Coola et les grizzlys pêchant les saumons, même si l'observation resta plus modeste que dans les grands sites mythiques de la côte Nord-Ouest de l'Alaska +
- Waterton Lakes retrouvé dans les couleurs d'automne +
- La Going-to-the-Sun Road à Glacier, enfin ouverte, qui nous a permis de ne plus rester sur un rendez-vous manqué +
- Yellowstone à l'automne, pour le brame des wapitis, les grands troupeaux de bisons et le Grand Prismatic enfin vu ++
- Le mont Rushmore de nuit, exactement comme je voulais le voir +
- La panne du roulement, non pour la panne elle-même, mais parce que nous avons senti le problème à temps et trouvé une solution +
- Shipshewana et les Amish, beaucoup plus naturels et intéressants que Lancaster ++
- La nuit avec Oscar près de Central Park, à deux pas de la Cinquième Avenue ++
- La statue de la Liberté au coucher du soleil et New York illuminée depuis le bateau +++
- Les couleurs de l'été indien entre l'État de New York, Montréal, Québec et la route vers Halifax ++
- Le train de Winnipeg à Churchill, pour son confort inattendu, sa lenteur et son atmosphère de voyage presque ancienne +++
- Churchill et les ours polaires, conclusion absolument magnifique de toute notre Amérique ++++
J'ai moins aimé
- L'impossibilité de trouver une solution raisonnable pour traverser le Pacifique avec Oscar --
- Les ours de Bella Coola moins nombreux que nous l'aurions espéré -
- Detroit, ville marquée par des friches et une forme de désolation industrielle -
- Lancaster, trop touristique après l'expérience beaucoup plus juste de Shipshewana -
J'ai remarqué
- Une solution imposée par les contraintes peut devenir meilleure que le projet initial. Sans l'échec de la traversée du Pacifique, nous n'aurions jamais vécu cette seconde traversée nord-américaine; sans la panne dans l'Indiana, nous n'aurions pas découvert la culture Amsih à Shipshewana.
- Les saisons changent sensiblement un même lieu. Waterton et Yellowstone n'étaient plus les mêmes parcs à l'automne qu'au printemps.
- La présence amérindienne est beaucoup plus visible dans certains territoires de l'Ouest que ne le laisse imaginer le récit touristique classique du rêve américain.
- Le patriotisme américain s'exprime souvent dans des lieux matériels très organisés : monuments, musées, drapeaux, récits nationaux, dispositifs pédagogiques.
- Les communautés amish sont beaucoup plus intéressantes lorsqu'on les observe dans leur vie rurale ordinaire que lorsqu'elles sont transformées en attraction touristique.
- Voyager avec Oscar permettait des situations improbables, comme dormir légalement près de Central Park ou traverser Times Square avec un vieux camping-car européen.
- Churchill montre à quel point certaines expériences animales sont devenues coûteuses, rares, très organisées, mais encore capables de produire des moments authentiquement puissants lorsqu'elles sont bien conduites.
Si c'était à refaire
- Je réserverais Churchill beaucoup plus tôt, afin d'être sûr de disposer des excursions et des logements souhaités.
- Je recommanderais clairement Shipshewana plutôt que Lancaster pour une première approche des Amish.
- Je garderais des roulements de rechange dans Oscar. Cette intuition nous a peut-être évité une immobilisation beaucoup plus grave.
- Je ne chercherais pas à refaire cette traversée à l'identique. Comme souvent dans notre voyage américain, sa réussite vient précisément de ce mélange de contraintes, d'improvisations, de hasards et de décisions prises au bon moment.
