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Traversée de l'Europe du Sud

Tour de France, Venise, Balkans, Grèce et mer Noire

Notre traversée de l'Europe ne fut pas vraiment une page de voyage comme les autres. Elle se composa de deux moments assez différents : d'abord une boucle française d'environ un mois, faite de rencontres, de haltes familiales et amicales, puis une traversée beaucoup plus rapide vers l'Est, depuis l'Alsace jusqu'à la mer Noire.

Oscar au lever du jour devant les Alpes

Le départ vers l'Est. Après un mois de tour de France, Oscar quitte progressivement l'Europe familière pour prendre la route des Balkans et de l'Asie (ici devant le massif du Mont-Blanc).

La première partie avait un statut un peu particulier. Avant de partir en 2019, nous avions déjà fait une sorte de tour de France avec Oscar, et l'expérience nous avait intéressés. Il y avait là une manière de commencer le voyage en douceur tout en restant dans un environnement connu, de quitter progressivement notre vie ordinaire plutôt que de rompre brutalement avec elle.

Cette boucle française répondait aussi à plusieurs fonctions précises: il s'agissait d'abord de revoir des proches, des membres de la famille rarement revus, de passer chez des amis, de répondre aux invitations de personnes qui nous suivaient déjà ou qui allaient nous suivre plus tard. Cette partie du parcours se retrouve davantage sur notre Facebook, notre Instagram ou notre Polarsteps. Ici, il n'y a pas vraiment lieu de la détailler : elle relève moins du voyage que d'une succession de rencontres.

Il s'agissait aussi de tester Oscar. Avant de quitter durablement l'Europe occidentale, nous voulions vérifier que tout fonctionnait correctement : l'aménagement, les habitudes de vie à bord, les rangements, les petits automatismes du quotidien, et bien sûr la mécanique. De ce point de vue, le bilan fut plutôt rassurant. Oscar marchait bien, nous avions ce qu'il fallait, et nous commencions à retrouver les gestes simples de la vie en fourgon.

Le seul incident sérieux a été une fêlure du pare-brise. Sur un véhicule aussi ancien qu'un LT de cette génération, ce genre de pièce ne se remplace pas aussi facilement que sur une voiture récente. Il a fallu commander le pare-brise, le faire livrer, puis organiser son remplacement. Nous avons finalement pu faire réparer Oscar à Mulhouse, aux frais de l'assurance (que nous avons finalement sollicité cette unique fois tout au long de notre tour du monde). Rétrospectivement, nous avons été contents que cette difficulté survienne encore en France. Plus loin, elle aurait sans doute été beaucoup plus compliquée à gérer.

Une fois cette boucle française achevée, la traversée de l'Europe proprement dite fut beaucoup plus rapide. Sortis de France par l'Alsace, nous avons longé le lac de Constance avant de gagner la Bavière. Nous n'avions pas l'intention d'y consacrer beaucoup de temps, mais il nous semblait difficile de passer si près de Neuschwanstein sans lui rendre visite. Le château est effectivement spectaculaire. En revanche, nous avons été un peu surpris de le découvrir moins isolé que ne le laissent imaginer les photographies les plus célèbres. Depuis ses terrasses, on aperçoit très bien les villages voisins et la plaine toute proche. L'image romantique d'un château perdu au cœur des montagnes est donc un peu trompeuse. Cela n'enlève rien au plaisir de cette halte, qui constituait une belle entrée en matière visuelle.

Nous avons ensuite traversé le Tyrol, d'abord en Allemagne puis en Autriche. Nous y avons perçu une continuité culturelle que nous ne soupçonnions pas vraiment. En entrant en Italie par l'est, vers les Dolomites, les frontières nationales semblent s'effacer au profit de l'unité régionale. Les façades peintes des auberges, les villages impeccablement entretenus, les traditions alpines, les vêtements folkloriques figurant les vêtements folkloriques et la culture de la chasse donnent à l'ensemble une remarquable cohérence. Nous ignorions d'ailleurs qu'une partie du nord de l'Italie était encore majoritairement germanophone. Le Tyrol apparaît finalement comme une région culturelle beaucoup plus homogène que ne le suggèrent les frontières entre l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie.

Après Innsbruck, nous avons franchi les Alpes pour rejoindre Cortina d'Ampezzo, puis parcouru plusieurs routes de grands cols à travers les Dolomites. Nous avons eu la chance d'y bénéficier d'un temps magnifique. Malgré la saison déjà avancée, il restait encore beaucoup de neige, y compris autour des stations de ski. Plus étonnant encore, tout semblait désert. Nous avions parfois le sentiment d'être seuls au monde. Les routes étaient presque vides, les villages très calmes, et il nous arrivait de contempler ces paysages grandioses sans rencontrer grand monde.

Cette traversée des Dolomites reste probablement l'un de nos meilleurs souvenirs européens. Nous ne nous attendions pas à trouver, au cœur d'une région pourtant très touristique, une telle impression d'isolement. Était-ce simplement une heureuse coïncidence ? Nous l'ignorons. Toujours est-il que cette parenthèse alpine nous donna l'impression de disposer des Dolomites pour nous seuls. Avant même d'atteindre les Balkans, nous avions déjà retrouvé l'espace d'un jour ou deux cette sensation d'espace et de tranquillité que nous étions venus chercher sur les routes du monde.

Oscar devant le château de Neuschwanstein
Oscar au pied des Dolomites
Paysage alpin
Les Dolomites au coucher du soleil

Les Alpes allemandes et italiennes furent notre dernière grande halte de montagne avant les plaines balkaniques.

Nous avons ensuite traversé l'Autriche en moins de deux heures, juste le temps, en réalité, de prendre une contravention pour avoir utilisé l'autoroute sans vignette. L'épisode est assez représentatif de cette traversée européenne : nous avancions vite, parfois trop vite, dans des pays que nous ne faisions qu'effleurer.

La parenthèse la plus heureuse fut Venise. Nous nous étions installés dans un camping situé à deux pas de la ville, avec la possibilité de rejoindre directement Venise en bateau, par le vaporetto. Après les routes, les démarches et les réparations, nous avons retrouvé là le plaisir très simple de faire les touristes en amoureux. Venise n'a pas besoin d'être découverte pour être aimée. Elle est attendue, connue d'avance, mais elle reste capable de produire son effet. On pourrait dire en exagérant un peu que nous l'avons abordée comme Las Vegas: en assumant la légèreté d'un kitsch insouciant.

Grand Canal de Venise
Canal de Venise
Isa et Manu à Venise
Place Saint-Marc au crépuscule
Venise au coucher du soleil

Quelques jours à Venise, probablement la parenthèse la plus touristique de cette traversée européenne, avant de reprendre rapidement la route vers les Balkans.

Nous avons ensuite poursuivi par les Balkans. Nous avons traversé plusieurs pays assez rapidement, en commençant par le joli port de Piran en Solvénie, ce qui permit au moins de coller beaucoup de nouveaux drapeaux sur Oscar. Le temps n'était pas très favorable, et nous n'avons pas vraiment cherché à approfondir cette partie du parcours. Il faudrait un autre voyage pour la raconter correctement.

Nous avons gagné assez vite la Grèce, d'abord par la côte à l'est de Thessalonique, puis nous avons pris la direction de la Bulgarie. Le voyage commençait alors à changer de nature. Nous quittions progressivement l'Europe touristique et ordonnée pour rejoindre des marges plus orientales, plus routières, plus incertaines aussi.

La grande originalité de notre itinéraire fut finalement de ne pas contourner la mer Noire par le sud, comme le font beaucoup de voyageurs qui veulent rejoindre la Turquie. Nous avons choisi de traverser la mer Noire en bateau. Ce fut une très belle expérience, que nous avons racontée plus en détail dans nos vidéos YouTube. Elle formait une vraie transition : derrière nous, l'Europe occidentale et ses étapes encore quasiment domestiques ; devant nous, le Caucase, charnière du continent Eurasiatique.

Cette page européenne reste donc volontairement brève. Elle ne raconte pas un pays, ni même vraiment une région. Elle raconte un passage, une mise en route, d'abord prudente et sociale, puis une accélération vers l'Est. L'Europe fut pour nous moins une destination qu'une brève introduction.

Les « J'aime / J'aime pas » de Manu pour cette traversée européenne

J'ai aimé

  • La boucle française comme sas de départ, entre rencontres, adieux provisoires et remise en mouvement +
  • La beauté brute des Dolomites ++
  • Venise en amoureux, accessible directement depuis le camping en vaporetto ++
  • La traversée de la mer Noire en bateau, vraie porte d'entrée vers la suite du voyage +

J'ai moins aimé

  • La traversée trop rapide de plusieurs pays européens, à peine effleurés -
  • Le mauvais temps dans les Balkans, qui ne nous a pas incités à ralentir -
  • La contravention autrichienne pour absence de vignette autoroutière -

J'ai remarqué

  • Le début d'un grand voyage n'est pas toujours spectaculaire. Il peut commencer par des visites, des démarches, des réparations et des essais très concrets, ce qu'on pourrait qualifier de "round d'observation".
  • L'Europe occidentale donne un sentiment de sécurité très pratique, mais aussi une impression de familiarité qui retarde un peu le vrai basculement dans le voyage.
  • La traversée de la mer Noire a joué un rôle symbolique fort : elle a marqué la sortie progressive de notre monde familier.

Si c'était à refaire

  • Nous prendrions sans doute davantage le temps dans les Dolomites et les Balkans, mais ce n'était pas vraiment l'objet de ce passage. À ce moment-là, il fallait surtout avancer vers l'Asie centrale.