Sommaire
Panama
Entrer en Amérique centrale, franchir le canal et chercher le quetzal
Quand on arrive en Amérique centrale depuis le sud, le pays incontournable est le Panama. On peut toujours imaginer une arrivée directe au Mexique, par Veracruz, car l'écart de tarif maritime n'est pas forcément considérable. Mais cette solution oblige ensuite à faire un aller-retour assez illogique en Amérique centrale ou bien à ignorer complètement cette partie du continent, d'autant plus que Veracruz n'est pas situé dans le sud du Mexique et conduit aussi à rater le Yucatán. Pour nous, la question ne s'est donc presque pas posée : Oscar devait arriver par le Panama.
On croit souvent qu'arriver au Panama, c'est arriver à Panama City. En réalité, lorsqu'on vient de Colombie par bateau, on arrive de l'autre côté du canal, à Colón, puisque Carthagène se trouve sur la façade atlantique et que Panama City est située côté Pacifique. Colón n'est distante que de quelques dizaines de kilomètres de la capitale, et la liaison entre les deux villes se fait sans difficulté, en bus, le long de cet axe essentiel qui longe le canal.
Le fait d'avoir dû arriver nous-mêmes en avion à Panama City nous a donné l'occasion de passer une nuit dans cette ville très "Yankee" dans son esprit, où les hauts buildings abritent des banques d'affaires et des services de défiscalisation. Quel changement, déjà, par rapport à l'atmosphère beaucoup plus hispanique de la Colombie!
Nous avons ensuite récupéré Oscar sans complication particulière, puis nous sommes allés voir ce qu'il était naturel d'aller voir en premier : le canal lui-même. C'est une attraction en soi, évidemment, avec ses ponts, ses infrastructures, sa puissance symbolique. Le canal est même, d'une certaine manière, une séparation physique plus lisible que le Darién Gap : entre l'Amérique du Sud et l'Amérique du Nord, ou entre les deux moitiés d'un même continent selon la façon européenne ou américaine de nommer les choses, il faut ici franchir une véritable pièce d'eau. Ce passage du canal fut donc notre premier geste symbolique en Amérique centrale.




Les premières observations autour du canal : agoutis furtifs, singes dans la canopée, et cette impression immédiate d'une nature tropicale disponible presque aux portes de la ville.
La question suivante était simple : que voir d'autre au Panama ? La réponse nous est venue assez vite : des oiseaux, et surtout des quetzals. Le quetzal est l'un des oiseaux emblématiques de cette zone d'Amérique centrale. On peut en voir au Costa Rica voisin, mais aussi au Panama, notamment dans les montagnes de l'ouest. Peu avant, non loin du canal, un promeneur nous avait expliqué connaître un endroit précis où les observer. Il nous avait parlé de Boquete, du sentier de l'oléoduc, le Pipeline Trail, et nous avait donné des indications à quelques dizaines de mètres près.
Boquete allait devenir notre principale étape panaméenne, pour ainsi dire la seule véritable étape du pays. Lorsque nous sommes arrivés, la ville était en pleine effervescence florale, il y avait en effet à ce moment un festival/exposition avec des compositions partout, dans une ambiance qui rappelait les Floralies de Nantes. Cela ne nous a pas surpris complètement : dans cette partie du monde, il existe une vraie culture de la fleur, qu'on retrouve dans les églises, dans les rues, dans les célébrations religieuses, et plus généralement dans la manière de décorer l'espace public.
Nous avons pris notre recherche du quetzal très au sérieux. Le lendemain matin, nous sommes partis tôt, à l'heure qu'on nous avait conseillée, en suivant exactement les repères donnés par notre informateur. Nous avons parcouru assidûment le sentier, attentifs au moindre mouvement dans les branches, sans voir le moindre quetzal. La frustration était d'autant plus forte que, sur le chemin, nous croisions des gens qui affirmaient l'avoir vu. Nous avions déjà beaucoup pratiqué l'observation des oiseaux, nous nous considérions presque comme des amateurs confirmés, et surtout comme de bons photographes. Ne rien voir alors que d'autres semblaient avoir réussi nous frustrait donc franchement.





Le quetzal tant espéré : après un premier échec frustrant sur le Pipeline Trail, le retour du lendemain nous a enfin offert les images que nous étions venus chercher.
Nous avons donc décidé de recommencer le lendemain. Cette fois, l'obstination a payé. Nous avons fini par voir nos quetzals, dans des conditions suffisamment bonnes pour faire les photos que nous espérions. Ce moment a donné au Panama une vraie densité dans notre souvenir : le pays n'aura pas été pour nous une longue exploration, mais il aura tout de même offert cette chasse photographique très réussie, avec l'un des oiseaux les plus mythiques du continent.
Nous avons aussi continué à photographier la petite faune et les détails de forêt, sans chercher à transformer le Panama en grande étape naturaliste. Le pays servait avant tout de porte d'entrée, de charnière entre deux parties du voyage. Mais il nous a tout de même donné plusieurs images très fortes, notamment par ses oiseaux.
Après Boquete, deux options se présentaient : remonter directement vers le Costa Rica par l'ouest, ou repartir vers l'est pour tenter les îles San Blas. C'est cette seconde possibilité qui nous attirait, même si nous avions déjà entendu des avis contrastés sur la destination.
Nous sommes donc allés jusqu'au port d'où partent les ferries pour les San Blas. Là, l'enthousiasme est assez vite retombé. Il y avait une très longue file d'attente, pas d'horaire vraiment lisible, pas de règle très claire sur le nombre de véhicules qui pourraient embarquer. Nous avons attendu, longtemps, jusqu'à voir le ferry arriver puis repartir sans avoir rempli sa cargaison de véhicules. Nous n'étions pas assez près pour monter à bord, et il aurait fallu attendre encore une rotation, ce qui signifiait passer toute la nuit dans Oscar, probablement huit heures de plus, dans une ambiance qui ne nous plaisait déjà pas beaucoup.
Comme nous étions déjà un peu partagés sur l'intérêt réel des San Blas, cette expérience a suffi à faire pencher la balance. Nous avons préféré reprendre notre liberté plutôt que subir une logistique confuse pour une destination dont les retours n'étaient pas unanimement favorables. Nous avons donc renoncé aux îles et repris la route vers le Costa Rica.
Les routes du Panama nous ont surpris par leur raideur. On imagine volontiers un pays relativement plat, mais ce n'est pas du tout l'impression qu'on garde de sa partie nord. Les travaux publics semblent s'autoriser des pentes très fortes, parfois de 10, 12 ou 15 %. Oscar, qui n'aime pas les raidillons brutaux, y a parfois peiné. Je garde notamment le souvenir de quelques casse-pattes mémorables entre Boquete et la côte. Une fois revenus sur la façade atlantique, en revanche, la route est redevenue beaucoup plus simple.
Nous sommes finalement entrés au Costa Rica par la côte atlantique, sans difficulté particulière. Le Panama n'aura donc pas été un pays longuement parcouru, ni un pays dont nous aurons exploré toutes les possibilités. Il aura été une entrée en matière : un canal à franchir, un véhicule à récupérer, une route vers le nord, et surtout une recherche d'oiseaux qui restera comme l'une des plus satisfaisantes de cette première partie d'Amérique centrale.



Dernières images panaméennes : un portrait de quetzal, un détail d'insecte, et ces fleurs très présentes dans les villes et les villages d'Amérique centrale.
À retenir du Panama
- Le passage par le canal donne au pays une vraie valeur symbolique dans une traversée du continent.
- Boquete et le Pipeline Trail valent surtout pour l'observation des quetzals, à condition d'accepter de chercher, d'attendre, et parfois de revenir le lendemain.
- Les San Blas nous ont finalement échappé, moins par impossibilité que par refus d'une logistique confuse et peu agréable.
- Les routes de l'ouest du pays peuvent être beaucoup plus raides qu'on ne l'imagine, malgré des altitudes jamais spectaculaires.
Costa Rica
Des deux côtes aux forêts d'altitude, entre parcs réputés et oiseaux magnifiques
Le Costa Rica est un pays beaucoup plus accidenté qu'on pourrait l'imaginer de loin. Il prolonge même, dans sa partie centrale, le sentiment que nous avions déjà eu dans le nord du Panama : celui d'une route qui monte et descend sans cesse, parfois avec des coefficients de pente assez considérables. Les deux façades maritimes, atlantique et pacifique, se parcourent plus facilement, mais dès qu'on traverse le pays, Oscar retrouve des raidillons qui le mettent à l'épreuve.
Nous sommes entrés par la façade atlantique, donc par l'est, et notre première étape naturelle a été le parc national de Cahuita. Le parc est joli, avec ses petites plages, ses criques et ses sentiers qui traversent la forêt tropicale en bord de mer. Nous y avons vu quelques singes, des oiseaux, des ratons laveurs, des paresseux de loin, mais rien qui nous ait vraiment éblouis. Le parc n'a pas été une déception, mais il ne nous a pas donné non plus le sentiment d'une grande révélation naturaliste.
Ce qui nous a finalement le plus plu à Cahuita, c'est plutôt l'ambiance générale de la côte. Nous imaginions le Costa Rica comme une destination chère, très américaine, saturée de tours organisés et d'excursions vendues au prix fort. Or cette partie du pays nous a paru beaucoup plus simple, presque balnéaire au sens ordinaire du terme : des petites stations, des vendeurs de bouées, de parasols, de crème solaire, une ambiance de vacances plus que de voyage. Il y avait là quelque chose de bon enfant, presque méditerranéen dans l'esprit, et surtout un côté assez vanlife friendly qui nous a agréablement surpris.




Premières images de la côte atlantique : ratons laveurs peu farouches, forêt littorale et aras dont les couleurs annoncent déjà la richesse naturelle du pays.
Dans cette zone, nous avons aussi croisé le type d'établissement qu'on rencontre un peu partout dans le monde : des centres présentés comme des lieux de réhabilitation pour animaux blessés ou abandonnés, mais dont la frontière avec le zoo ou la réserve privée est parfois difficile à établir. Nous en avons visité un peu au début, notamment pour les oiseaux, avant de devenir plus réservés. Après les centres de guépards ou de lions blancs que nous avions visités en Afrique australe, nous avions de moins en moins envie d'encourager ce genre de structure, surtout lorsqu'elle entretenait une ambiguïté entre soin réel, attraction touristique et captivité.
Nous avons ensuite continué vers Puerto Limón, puis vers la zone des canaux, sans aller jusqu'au parc de Tortuguero lui-même, trop éloigné de notre route principale. Nous avons préféré privatiser une petite pirogue pour une sortie à la journée sur les rivières et les canaux. Cette excursion, Isabelle et moi seuls avec le pilote, a été très agréable. Nous avons pu approcher les paresseux beaucoup mieux qu'à Cahuita, voir quelques caïmans, des singes, des oiseaux aquatiques, et profiter de cette atmosphère lente des cours d'eau tropicaux.
Le souvenir le plus amusant de cette sortie reste celui d'un paresseux venu devant nous faire ses besoins dans l'eau. Ce n'était évidemment pas l'instant naturaliste le plus noble du voyage, mais ce fut probablement celui qui nous permit de faire les photos les plus proches et les plus expressives de cet animal.
Le Costa Rica allait souvent nous laisser ce type d'impression : des parcs officiels parfois un peu surestimés, mais des observations ponctuelles, en bord de route, en barque, près d'un lodge ou autour d'un restaurant, qui se révélaient beaucoup plus attachantes que prévu.
Après cette première partie orientale, nous avons traversé le pays d'est en ouest. Comme en Colombie auparavant, il ne s'agissait pas seulement de remonter vers le nord : nous voulions surtout découvrir les deux façades maritimes. Notre objectif principal était la péninsule d'Osa, et le parc national du Corcovado, l'un des plus réputés du Costa Rica. Nous avions aussi une raison personnelle d'y aller : rencontrer Danièle Marchand et son mari, des Suisses qui nous suivaient assidûment sur YouTube, avaient beaucoup échangé avec nous, et avaient décidé de refaire leur vie de retraités sur place, en coupant presque complètement les ponts avec l'Europe.
Ils s'étaient installés du côté de Playa Blanca, sur la péninsule d'Osa. La rencontre fut intéressante, ne serait-ce que pour entendre leur point de vue sur une vie locale assez radicalement choisie. À partir de là, nous avons traversé la péninsule pour rejoindre Drake Bay, ce que j'ignorais possible en véhicule. La piste n'est pas évidente : elle est mal indiquée, traverse de petits reliefs, impose quelques gués, et ne correspond pas vraiment à une route fréquentée par les voyageurs motorisés.





Dans la péninsule d'Osa et autour de Drake Bay, ce sont moins les grandes promesses du Corcovado que les aras et les singes rencontrés en chemin qui nous auront le plus marqués.
Drake Bay a pourtant été l'un de nos plus beaux bivouacs au Costa Rica, et même plus largement en Amérique centrale. L'endroit est assez isolé, beaucoup de visiteurs arrivent plutôt par bateau ou par transports locaux, et le fait d'y être avec Oscar nous donnait un sentiment assez rare d'être parvenus au bout d'une piste. De là, nous avons pris une excursion vers le parc national du Corcovado lui-même.
Le Corcovado jouit d'une réputation exceptionnelle. Honnêtement, je ne le recommanderais pas avec enthousiasme. L'accès se fait par bateau depuis Drake Bay, sur une mer qui brasse pas mal, pendant un trajet assez long et plutôt agité. L'arrivée est folklorique, car il n'y a pas vraiment de ponton : il faut plus ou moins sauter dans l'eau. Ensuite, l'excursion se déroule selon une formule très encadrée, avec guide, repas sur place, et un sentiment d'organisation touristique bien huilée.
Nous n'y avons pas vu grand-chose que nous n'aurions pas pu voir ailleurs. Le fameux tapir, présenté comme une trouvaille quasi miraculeuse, semblait en réalité plus ou moins à poste dans l'eau, au point que tous les guides devaient le montrer chaque jour à leurs groupes. Le contraste entre la réputation du parc et notre expérience concrète fut donc assez saisissant. Le parc n'est pas sans intérêt, bien sûr, mais au regard de ce qu'on en dit, il nous a paru nettement surestimé.





Lors d'une sortie au départ de la baie de Drake, la forêt se regardait aussi de nuit et à très petite échelle : grenouilles, serpents, mygale, silhouettes discrètes sous les feuilles.
En revenant de la péninsule d'Osa, nous nous sommes arrêtés à Sierpe pour faire une nouvelle sortie en barque sur la rivière. Cette fois encore, l'expérience nous a davantage convaincus que certains parcs très célèbres. Nous avons vu des familles de singes, des caïmans, des oiseaux aquatiques, et surtout des aras magnifiques, en liberté, que nous avons pu photographier à plusieurs reprises, aussi bien depuis la rivière que directement dans la petite ville, près de l'embarcadère.




À Sierpe, les sorties en barque nous ont offert une version plus libre et plus plaisante de la faune costaricienne : caïmans, singes, oiseaux aquatiques et aras en pleine lumière.


A Sierpe toujours: iguanes et reptiles variés abondent au bord de l'eau.
Nous avons ensuite commencé à remonter vers le nord en évitant certains parcs célèbres, notamment Manuel Antonio, au sujet duquel nous lisions des avis assez mitigés. Nous avions déjà été vaccinés contre quelques réputations qui nous semblaient excessives, à Cahuita comme au Corcovado, et nous avons donc préféré avancer sans regret.
Avant cette remontée, il faut toutefois revenir à notre traversée intérieure, qui nous avait conduits vers les montagnes de San Gerardo de Dota, près du parc national Los Quetzales. Après notre réussite panaméenne, nous avions envie de tenter à nouveau notre chance avec cet oiseau mythique. L'endroit est connu pour cela, et les petits hôtels de la vallée semblent largement organisés autour de cette recherche. Mais la saison n'était pas favorable : les quetzals ne venaient pas alors se nourrir sur les arbres où on les observe habituellement, et ils étaient dispersés dans la forêt.
Nous n'en avons donc pas vu. Nous avons observé quelques lézards, de sortes de petits toucans vus de loin, mais rien d'équivalent à Boquete. En revanche, la route de San Gerardo de Dota m'a laissé un souvenir très vif. La descente dans la vallée était extrêmement raide, mais c'est surtout la remontée qui posait problème : une route étroite, des virages en épingle sans visibilité, et l'impossibilité pratique de s'arrêter avec Oscar sous peine de ne jamais repartir. La route ne permettant pas le croisement, il fallait enchaîner plusieurs virages à fond, sans savoir si quelqu'un allait arriver en face. Si cela s'était produit, il aurait peut-être fallu redescendre en marche arrière sur plusieurs centaines de mètres. A l'arrivée, nous avons dû laisser refroidir le moteur plusieurs dizaines de minutes avant de reprendre la route. Ce fut l'une des montées d'adrénaline du pays.
Notre route nous a ensuite conduits vers Monteverde et Santa Elena. Nous n'avons pas vraiment visité la grande réserve de Monteverde elle-même, réputée mais souvent décrite comme un peu décevante. Nous avons plutôt exploré à pied la réserve privée de Curi-Cancha, et fait un arrêt près de l'entrée de Monteverde, où nous avons notamment vu des paresseux laineux à deux doigts. Cette zone nous a aussi permis d'observer plusieurs coatis, ces petits animaux au museau pointu qu'on croise souvent en Amérique centrale, ainsi que divers oiseaux et détails de forêt.





Autour de Monteverde et de Curi-Cancha : paresseux laineux à deux doigts, coatis, oiseaux forestiers et cette impression d'une forêt d'altitude beaucoup plus discrète que spectaculaire.
À Santa Elena, nous avons visité le Ranario, le Frog Pond of Monteverde. C'est un petit centre consacré aux grenouilles, organisé comme une série de grands vivariums. Nous nous sommes autorisé cette visite, sans doute parce qu'elle relevait davantage de l'observation de petits animaux difficiles à voir que d'un spectacle de captivité. Il fallait chercher les grenouilles dissimulées dans les feuilles, dans une sorte de jeu de piste assez amusant, presque un Où est Charlie ? version batracien. Nous y avons fait quelques jolies photos.




À Santa Elena, le Ranario permettait d'approcher de très près ces petites grenouilles presque invisibles dans les feuilles, entre observation patiente et décor de vivarium.
De Santa Elena, nous avons repris la route vers le lac Arenal en passant par Tilarán, pour aller nous poser au sud du volcan Arenal. Le volcan lui-même est superbe, surtout de loin, dans cette silhouette parfaite qui domine le lac. Nous avons pris le temps de nous arrêter, de photographier le volcan et la rive, mais c'est finalement un restaurant qui allait devenir l'un des meilleurs postes d'observation ornithologique du secteur.
Dans ce restaurant installé près du lac, nous avons observé longuement les oropendolas de Montezuma. Leur intérêt ne tient pas seulement à leur silhouette ou à leurs nids suspendus, mais surtout à leur comportement. Très régulièrement, le mâle se laisse basculer presque entièrement à l'envers depuis sa branche, puis remonte aussitôt en poussant un cri caractéristique. Le spectacle nous a tellement plu que nous sommes revenus une seconde fois au même endroit.
Cette scène résume assez bien ce que nous avons le plus aimé au Costa Rica : moins les sites officiellement incontournables que ces moments d'observation précis, presque imprévus, où l'on se retrouve à regarder longuement un comportement animal fascinant.
La plus belle étape du pays fut sans doute l'Arenal Observatory Lodge & Trails. C'est un lodge réputé pour l'observation des oiseaux, et il mérite sa réputation. Avec Mindo en Équateur, c'est l'un des endroits où nous avons vu les plus beaux oiseaux de tout le voyage. Nous y avons photographié de nombreux petits oiseaux colorés, des toucans, mais aussi de très belles grenouilles en liberté, trouvées sous les feuilles autour d'une petite mare.





À l'Arenal Observatory Lodge, le Costa Rica redevenait pleinement convaincant : toucans, petits oiseaux colorés et grenouilles en liberté, parfois découvertes sous les feuilles à la lumière de la lampe.



Les colibris de l'observatoire : petites silhouettes nerveuses, éclats métalliques, et cette difficulté permanente à photographier un oiseau qui ne reste jamais vraiment en place.
L'endroit nous a également permis d'observer ces eucalyptus aux troncs multicolores que nous avions déjà remarqués sur la route du Corcovado. Le Costa Rica n'a pas toujours répondu à l'image de paradis naturel absolu que les brochures vendent si volontiers, mais dans ce type de lieu, il redevient tout de même très convaincant : un pays vers lequel la densité de vie, les couleurs, les cris d'oiseaux et les surprises de sous-bois finissent par justifier largement le détour.




Les eucalyptus arc-en-ciel : une présence presque irréelle dans la forêt, avec leurs troncs verts, rouges, jaunes et orangés qui semblaient peints à même l'écorce.
Une fois cette étape terminée, nous avons considéré que notre parcours costaricien était arrivé à son terme. Nous avons repris la route vers le nord-ouest pour traverser le Nicaragua. Le Costa Rica nous laissait une impression contrastée : des parcs célèbres parfois un peu décevants, une logistique touristique moins écrasante que prévu, des routes plus raides qu'on ne l'imagine, et surtout de très belles observations d'oiseaux, de singes, de paresseux, de grenouilles et d'aras. Le pays n'a pas toujours été spectaculaire là où il prétendait l'être, mais il l'a souvent été là où nous l'attendions moins.




Dernières images costariciennes : reptiles immobiles au soleil et aras éclatants dans les arbres, deux registres très différents d'un même pays saturé de vie.
À retenir du Costa Rica
- Le pays est beaucoup plus accidenté qu'on ne l'imagine, surtout dès qu'on quitte les deux grandes façades côtières.
- Cahuita (Parc- et village+) et le Corcovado-- nous ont semblé moins impressionnants que leur réputation ne le laisse entendre.
- Les sorties en barque, notamment près de Puerto Limón+ et à Sierpe++, nous ont davantage convaincus que certains grands parcs très célèbres.
- San Gerardo de Dota reste une belle tentative de recherche du quetzal, mais la saison compte énormément.
- Monteverde+, Santa Elena et l'Arenal Observatory Lodge+++ ont offert quelques-unes des meilleures observations d'oiseaux, de grenouilles et de petits animaux du pays.
- Le Costa Rica n'a pas toujours été le paradis naturaliste annoncé, mais il a régulièrement offert, par fragments, des moments d'observation remarquables.
Nicaragua
Ometepe, côte des surfeurs, volcans noirs et toit blanc de León
Le Nicaragua a été pour nous une traversée beaucoup plus simple que le Costa Rica. La route s'est déroulée presque tout entière sur la partie occidentale du pays, sans grands détours et sans véritable volonté d'exploration exhaustive. Nous en gardons donc un souvenir resserré, mais assez net : l'île d'Ometepe, la côte pacifique des surfeurs, quelques volcans, puis León et sa grande cathédrale blanche.
Nous avons commencé par rejoindre Rivas pour prendre le bateau vers Ometepe. L'île est l'une des curiosités naturelles les plus évidentes du pays : deux volcans réunis par un isthme, posés au milieu du lac Nicaragua. L'ensemble forme un paysage très reconnaissable, presque trop parfait dans sa composition, et l'atmosphère nous a paru plutôt détendue. Nous y avons retrouvé quelques voyageurs français, notamment Damien et Ombrine de la chaîne Objectif Ushuaia, avec lesquels nous sommes allés nous baigner dans des piscines naturelles.


Ometepe : deux volcans caractéristiques
Ometepe nous a aussi donné quelques observations animales simples mais agréables : des singes hurleurs, plusieurs oiseaux, quelques papillons, et surtout cette impression d'île tropicale tranquille, à mi-chemin entre une étape de repos et une parenthèse naturaliste légère. Ce n'était pas un moment spectaculaire du voyage, mais une halte bien proportionnée, facile à retenir parce qu'elle avait une identité particulère, notamment du fait de l'omniprésence de ces grands geais huppés bleus aussi faciles à voir sur l'île que rares ailleurs.





Une ambiance calme, quelques rencontres de voyage, et une faune assez présente pour donner à l'île une vraie douceur tropicale.
Après Ometepe, nous avons rejoint la côte pacifique, non pas à San Juan del Sur comme je l'avais d'abord envisagé, mais du côté de Playa Popoyo. C'est une côte de surfeurs, assez simple, assez sauvage, où l'on rejoint certaines plages en contournant à pied de petits éperons rocheux. Nous nous sommes posés dans un petit hôtel avec piscine, puis nous sommes allés plusieurs fois regarder les surfeurs dans la lumière du soir.
La côte, orientée vers l'ouest, nous a offert de très beaux couchers de soleil. Les vagues, les silhouettes dans l'eau, le rouge du ciel et la lumière rasante composaient une scène différente de ce que nous avions rencontré jusque-là en Amérique centrale. Ce n'était pas une étape très profonde, mais elle a donné quelques-unes des images les plus simples et les plus graphiques de notre passage au Nicaragua.



Playa Popoyo : une côte de surfeurs, de vagues puissantes et de couchers de soleil très photographiques.
En remontant vers León, nous avons également fait un détour par le volcan Masaya, l'un des rares endroits où il est possible d'apercevoir, surtout de nuit, la lueur d'un lac de lave au fond du cratère. Ce n'est pas une éruption au sens spectaculaire du terme : on ne voit pas des projections ou des coulées, mais une ouverture rougeoyante dans la profondeur du volcan. L'expérience reste tout de même assez rare pour mériter le détour, ne serait-ce que pour cette impression très particulière d'observer la terre ouverte, contenue, surveillée, mais encore active.


Autour des volcans nicaraguayens : le rouge du Masaya, les silhouettes du soir, et cette impression d'un pays où l'activité volcanique reste très présente.
Plus au nord, nous nous sommes arrêtés au Cerro Negro. Le lieu est connu pour les descentes en luge sur ses pentes de cendres noires. Cela ne nous intéressait pas vraiment. Nous sommes tout de même montés au sommet du volcan avant de redescendre à pied dans les scories, mais c'est surtout la nuit passée sur place qui nous a marqués. Être seuls dans cette zone sombre et minérale, au milieu de dunes volcaniques, donnait au lieu une atmosphère presque irréelle.
Sur cette partie du parcours, et plus précisément sur la piste menant au Cerro Negro, nous avons aussi très bien photographié les motmots. Ce sont ces oiseaux colorés, souvent perchés à découvert, avec une longue queue terminée par deux petites plumes bleues très caractéristiques. Nous en avions déjà croisé ailleurs, mais c'est au Nicaragua que nous les avons sans doute observés dans les meilleures conditions.



Les motmots et autres oiseaux colorés du Nicaragua : une petite série d'observations très réussies, presque en bord de route.
Notre dernière véritable étape fut León. La ville nous a plu par son caractère colonial, ses rues, ses bâtiments anciens, et surtout sa cathédrale. C'est l'une des visites les plus graphiques du pays, car il est possible de monter sur le toit, entièrement blanc, et de circuler entre les coupoles, les volumes arrondis et les clochetons. L'ensemble se photographie très bien : lignes pures, contrastes forts, ciel bleu, envol d'oiseaux au-dessus de la façade.
Au fond, le Nicaragua s'est résumé pour nous à quelques points très identifiables : Ometepe, Playa Popoyo, les volcans, les motmots et León. Nous n'avons pas cherché à multiplier les détours, et le pays a été traversé assez vite. Mais il a offert une succession d'images simples et fortes, suffisamment différentes les unes des autres pour garder une place claire dans cette longue remontée de l'Amérique centrale.




Oscar perdu au pied du Cerro Negro ; en contrepoint, León, sa cathédrale blanche et ses formes presque abstraites.
À retenir du Nicaragua
- Ometepe+ est une étape évidente et agréable, moins spectaculaire qu'attachante, avec ses deux volcans et son atmosphère détendue.
- Playa Popoyo+ vaut surtout pour son ambiance de surfeurs et ses couchers de soleil sur le Pacifique.
- Le volcan Masaya+ permet d'apercevoir de nuit la lueur d'un lac de lave, expérience rare même si elle reste assez encadrée.
- Le Cerro Negro+ offre une ambiance minérale très forte, surtout si l'on dort sur place, loin de l'animation liée aux descentes en luge.
- León++ nous a laissé le meilleur souvenir urbain du pays, notamment grâce au toit très photogénique de sa cathédrale.
- Les motmots ont été parmi nos plus belles observations d'oiseaux au Nicaragua.
Honduras
Le Honduras aura été pour nous un pays de transition. Nous n'y serons restés que quelques jours, essentiellement pour rejoindre l'île de Roatán, dans les îles de la Baie. Pourtant, cette courte étape restera associée à l'une des plus fortes inquiétudes mécaniques de tout notre voyage, avant de se transformer en une agréable parenthèse consacrée au snorkeling, une activité que nous n'avions plus pratiquée depuis plusieurs années.
Une arrivée sous tension
En dehors de la traversée de Tegucigalpa, nous n'aurons pratiquement rien vu du Honduras continental. Nous étions surtout préoccupés par Oscar, qui refusait de démarrer correctement. À chaque arrêt, nous redoutions de ne plus pouvoir repartir. Arriver jusqu'à l'aéroport de Tegucigalpa fut une véritable épreuve, aggravée par des embouteillages interminables et un accès particulièrement compliqué au parking de l'aéroport, incroyablement mal signalé à la fois physiquement et sur Google maps. Nous avons même manqué à quelques minutes près un premier vol possible dans ce climat de stress permanent, avant de négocier le fait de passer une première nuit sur place avec Oscar avant le vol du lendemain alors que cela n'était théoriquement pas vraiment autorisé.
À ce moment-là, j'étais persuadé que la panne pouvait immobiliser définitivement le véhicule. Si Oscar calait à un carrefour, rien ne garantissait qu'il repartirait. Ce n'est qu'au retour que j'ai découvert, presque par hasard, qu'un simple relais avait été rebranché à l'envers. La panne était exactement la même que celle rencontrée autrefois près du Lesotho. Une simple inversion des connexions finit par faire disparaître totalement le problème : une réparation aussi simple qu'inespérée.
Nous avions laissé Oscar à l'aéroport afin de rejoindre les îles de la Baie. Notre objectif initial était Utila, réputée pour la plongée, mais nous avons finalement passé tout notre séjour sur l'île de Roatán. Nous avons partagé notre temps entre West Bay, où nous logions au petit hôtel West Bay Colonial, et West End, plus animé, où nous avons également passé une nuit au Sea Breeze Inn. Les petits taxis permettaient de rejoindre facilement les deux villages.
Les récifs coralliens de Roatán sont accessibles directement depuis la plage de West Bay. Cette courte parenthèse consacrée au snorkeling restera l'une des très rares occasions, durant notre tour du monde, de profiter de fonds marins aussi facilement accessibles.
Une parenthèse sous-marine
Les plages de West Bay sont relativement petites et souvent très fréquentées, principalement par une clientèle américaine, souvent composée de gens obèses il faut bien le dire, qui passe parfois la journée entière à flotter dans des bouées, une bière à la main, alors même que l'eau est peu profonde. L'ambiance ne correspondait pas vraiment à notre façon de voyager, mais il suffisait de s'éloigner légèrement pour retrouver le calme sous la surface.
Le snorkeling, en revanche, nous a beaucoup plu. Les récifs sont facilement accessibles depuis la plage et offrent une belle diversité de poissons tropicaux et de coraux. Cette étape représentait une véritable rupture avec notre voyage terrestre : depuis plusieurs années déjà, nous n'avions plus eu l'occasion de pratiquer le snorkeling dans de bonnes conditions. Quelques jours passés dans l'eau nous auront permis de nous reposer, de réaliser quelques belles photographies sous-marines et de retrouver, pour un temps, un autre rythme de voyage.
Quelques autres habitants des récifs de Roatán : une biodiversité suffisante pour renouer avec le plaisir des observations sous-marines.
Les "J'aime / J'aime pas" de Manu au Honduras
J'ai aimé
- Le snorkeling directement accessible depuis la plage de West Bay ++
- La possibilité de faire une vraie pause balnéaire au milieu d'un long voyage terrestre +
- Le changement de rythme imposé par le mode hôtel/piscine en remplacement temporaire de la vanlife +
J'ai moins aimé
- Les embouteillages de Tegucigalpa et l'accès très compliqué à l'aéroport -
- L'angoisse provoquée par la panne de démarrage d'Oscar --
- La forte fréquentation touristique de West Bay, surtout par une clientèle américaine caricaturale -
J'ai remarqué
- Roatán constitue une destination presque exclusivement tournée vers le tourisme nord-américain.
- L'essentiel de la vie touristique se concentre sur quelques centaines de mètres de plage.
- Même sans pratiquer la plongée bouteille, il est possible d'observer une faune sous-marine très intéressante simplement avec masque et tuba.
Si c'était à refaire
- Nous resterions probablement quelques jours de plus à Roatán.
- Nous essaierions également de consacrer une journée à Utila afin de comparer l'ambiance des deux îles.
Salvador
Après le Honduras, et comme une bonne moitié des pays d'Amérique Centrale en fait (j'ai l'impression de me répéter), le Salvador n'a constitué pour nous qu'une courte étape de transition. Le pays est de petite taille et, en quelques jours seulement, nous en aurons parcouru l'essentiel. Il est alors surtout connu pour la politique de fermeté menée par son président Nayib Bukele contre les gangs criminels, mais notre itinéraire restera exclusivement touristique.
En arrivant de Tegucigalpa, nous avons d'abord rejoint directement la capitale, San Salvador, avant de poursuivre vers la côte Pacifique. Nous voulions découvrir les célèbres plages volcaniques de sable noir, mais l'expérience nous a finalement laissés assez indifférents. Les paysages ne nous ont pas semblé particulièrement remarquables, les abords étaient parfois un peu sales et, malgré quelques établissements privés installés le long du rivage, l'ensemble ne donnait guère envie de s'attarder.
Le volcan Santa Ana
Nous avons ensuite pris la direction du volcan Santa Ana, sans doute le site naturel le plus marquant de notre traversée. La randonnée mène jusqu'au bord d'un vaste cratère dont le fond est occupé par un magnifique lac d'un bleu laiteux presque irréel. Sans être particulièrement difficile, cette ascension offre de très belles vues et constitue, à nos yeux, une étape intéressante d'un voyage au Salvador.
Avant de quitter le pays, nous avons fait escale aux thermes de Santa Teresa. L'endroit est bien aménagé, avec plusieurs bassins entourés d'une végétation agréable. Nous y avons passé la nuit, ce qui nous a permis de profiter des lieux une fois les visiteurs de la journée repartis. Le calme retrouvé transformait complètement l'atmosphère et nous avons pu savourer presque seuls cette parenthèse de détente avant de reprendre la route vers le Guatemala.
Deux des meilleurs souvenirs de notre courte traversée du Salvador : les thermes de Santa Teresa et le volcan Santa Ana.
Les « J'aime / J'aime pas » de Manu au Salvador
J'ai aimé
- Le spectaculaire lac turquoise du cratère du volcan Santa Ana ++
- Le calme retrouvé aux thermes de Santa Teresa une fois les visiteurs repartis +
J'ai moins aimé
- Les plages volcaniques du Pacifique, assez banales et peu accueillantes -
Guatemala
Le Guatemala aura été l'un des pays les plus riches de notre traversée de l'Amérique centrale. Il y a eu, d'abord, la partie très fréquentée autour d'Antigua et du lac Atitlán, puis, plus au nord-est, la zone archéologique de Tikal et de Yaxha. Entre les villes coloniales, les villages mayas, les volcans, les fresques murales et les grands temples perdus dans la forêt, le pays offrait une variété assez rare sur une distance finalement limitée.
La première difficulté aura été de traverser Ciudad de Guatemala. La capitale restera pour nous l'un des pires souvenirs de circulation de tout le voyage : des embouteillages interminables, des routes complètement bloquées, et plusieurs heures perdues simplement pour rejoindre Antigua.
Antigua, ville parfaite pour voyageurs
Antigua, en revanche, nous a immédiatement plu. Comme presque tous les voyageurs qui y passent, nous avons trouvé cette ville superbe, harmonieuse, facile à vivre, et parfaitement adaptée à une étape un peu longue. Nous avions pris nos quartiers dans une petite auberge de jeunesse, l'Hostal Antigüeño, parce que le prix était raisonnable et que l'endroit permettait de rester au cœur de la ville. Nous y avons fait quelques rencontres qui nous ont aidé à planifier la suite de notre voyage, et notamment le calage de notre excursion vers les volcans voisins.
Antigua est une ville idéale pour une visite en mode backpacker. Presque tout y est beau : les petites places, les façades anciennes, les églises, les ruines, les couleurs, les perspectives sur les volcans. Il y a beaucoup d'auberges, de restaurants et de voyageurs, mais cela ne gâche pas vraiment l'ambiance. L'ensemble reste cohérent, vivant, et très agréable à parcourir à pied.
Antigua concentre tout ce que le Guatemala peut offrir de plus accessible : architecture coloniale, rues colorées, fresques murales, auberges de voyageurs et vue constante sur les volcans.
L'Acatenango et le Fuego
Antigua est aussi la grande base de départ pour les excursions volcaniques, en particulier vers l'un des plus actifs du monde: le Fuego. On ne monte pas directement sur lui, mais on gravit l'Acatenango, qui lui fait face, afin d'observer les éruptions de nuit puis le lever du soleil au matin. Nous avions d'abord envisagé cette ascension lors de notre premier passage dans le pays, mais le Fuego venait de devenir pratiquement inactif. Nous avons donc renoncé, après plusieurs jours d'hésitation, à investir l'effort nécessaire pour une expérience qui risquait de ne rien offrir.
Nous sommes finalement revenus un mois plus tard pour tenter l'ascension, alors que nous étions déjà beaucoup plus loin dans notre itinéraire. Le retour fut compliqué par un problème de billet d'avion et de sortie du territoire : comme nous étions entrés au Mexique par voie terrestre, les autorités ne voulaient pas nous laisser repartir aussi simplement par avion de Cancun vers un pays étranger. Le micmac administratif nous a fait manquer notre vol et nous avons dû reporter notre départ au lendemain.
L'ascension elle-même fut rude. Les sentiers sont faits d'une sorte de sable volcanique où chaque pas vers le haut semble vous faire redescendre de moitié. La marche n'est pas réellement dangereuse, mais elle est fatigante, lente, et ingrate. La nuit au camp fut mauvaise, à cause de l'altitude, du froid et de conditions sanitaires très médiocres. Nous avons bien vu quelques éruptions du Fuego, mais dans des conditions assez moyennes, très loin des spectacles extraordinaires que certains voyageurs ont la chance d'observer.
Pour Isabelle, l'effort fut particulièrement difficile. Elle a souffert du froid, de la fatigue, de l'altitude, et a pleuré à plusieurs reprises pendant l'ascension. Elle m'a pourtant accompagné jusqu'au bout, parce qu'elle savait que cette excursion comptait pour moi, et je lui en suis reconnaissant. Ce ne fut pas le moment le plus confortable de notre voyage, mais c'est resté un grand moment de notre passage au Guatemala.
L'ascension de l'Acatenango fut l'une des étapes les plus dures de notre Amérique centrale : une montée pénible, une nuit froide, quelques éruptions au loin, et un lever de soleil au-dessus des volcans.
Le lac Atitlán et les villages mayas
Nous avons ensuite rejoint le lac Atitlán. La route pour y descendre est très escarpée, et l'accès à notre hébergement, du côté de San Marcos La Laguna, l'était encore davantage. Nous avons même craint de ne pas réussir à ressortir de l'hôtel avec Oscar, tant la pente était sévère. Au moment du départ, il a fallu prendre de l'élan pour remonter.
Nous sommes restés plusieurs jours au bord du lac. Depuis San Marcos, nous avons pris le bateau pour visiter les villages de San Juan et de San Pedro, que nous avons trouvés très intéressants, notamment grâce aux fresques murales et à la vie maya locale. Le plus frappant est cette coexistence assez naturelle entre les zones touristiques, avec leurs petits restaurants et boutiques de souvenirs, et une vie indigène qui semble continuer selon ses propres codes, avec les vêtements traditionnels, les marchés, les rues animées et les scènes de quotidien.
Autour du lac Atitlán, les villages mayas mêlent vie locale, tourisme discret, costumes traditionnels et fresques murales très présentes dans l'espace public.
Le lac lui-même est très beau, mais peut-être pas aussi exceptionnel que ne le prétendent certaines brochures, qui le présentent parfois comme le plus beau lac du monde. L'expression est excessive. Atitlán est surtout un lieu paisible, ouvert, avec une belle vue sur les volcans Tolimán, Atitlán et San Pedro, qui deviennent l'horizon quotidien. Pour nous, l'intérêt principal du lac tenait moins au paysage lui-même qu'à cette atmosphère maya, à la fois vivante, traditionnelle et relativement peu écrasée par le tourisme.
Tikal, la jungle et les temples
Après cette première partie autour d'Antigua et du lac Atitlán, nous avons traversé le Guatemala d'ouest en est pour rejoindre la région de Flores et de Tikal. Nous n'avons pas dormi sur l'île de Flores elle-même, mais nous nous sommes installés en face, ce qui nous a permis de la revoir de loin et même de la survoler en drone. Nous connaissions déjà Flores et Tikal depuis notre premier voyage de 2016-2017, mais nous avons retrouvé avec plaisir cette partie du pays.
Tikal reste un site très agréable à parcourir, notamment grâce au mélange unique entre les temples précolombiens et la forêt tropicale. Ce qui frappe n'est pas seulement la taille des grands temples, mais l'extension générale du site : il y a plusieurs grandes pyramides, beaucoup de constructions secondaires, et des vestiges dispersés un peu partout dans la jungle. Les toucans et quelques oiseaux de passage renforcent encore cette impression de forêt habitée, où l'architecture ancienne semble émerger progressivement de la végétation.
Nous avons ensuite visité Yaxha, autre site archéologique maya de la région. La visite n'était pas désagréable, mais elle nous a semblé assez répétitive après Tikal. À nos yeux, si l'on manque de temps, il n'est pas indispensable de faire les deux. Tikal suffit largement à donner la mesure de cette civilisation et de ce type de paysage archéologique.
Les « J'aime / J'aime pas » de Manu au Guatemala
J'ai aimé
- La ville d'Antigua, presque parfaite pour une étape de voyageurs indépendants ++
- Les fresques murales et la vie maya autour du lac Atitlán +
- L'atmosphère paisible du lac Atitlán +
- Le mélange temples-jungle à Tikal +
- Les vues de volcans au lever du soleil depuis l'Acatenango +
J'ai moins aimé
- Les embouteillages de Ciudad de Guatemala -
- Le froid et les mauvaises conditions de nuit pendant l'excursion à l'Acatenango -
J'ai remarqué
- Antigua concentre une grande partie du tourisme international au Guatemala, mais sans perdre complètement son charme.
- Autour du lac Atitlán, les villages mayas semblent conserver une vie locale réelle, malgré la présence importante des voyageurs.
- Le Guatemala donne souvent l'impression d'un pays très montagneux, où les distances sont beaucoup plus lentes qu'elles ne le paraissent sur la carte.
- Les grands sites mayas prennent toute leur force lorsqu'ils sont associés à la forêt, aux oiseaux et à cette impression d'espace encore partiellement sauvage.
Si c'était à refaire
- Nous referions Tikal, mais pas forcément Yaxha dans le même voyage.
- Nous referions l'ascencion de l'Acatenango, car notre déception est liée aux circonstances et non au site, en lui-même exceptionnel en situation d'éruption.
Belize
Le Belize a été notre dernière étape d'Amérique centrale avant le Mexique, et sans doute l'une des moins convaincantes de cette partie du voyage. Nous connaissions déjà le pays, non pas depuis notre premier tour du monde de 2016-2017, mais grâce à un voyage antérieur, dont nous avions gardé un souvenir très contrasté. Cette fois encore, le Belize ne nous a pas vraiment séduits. Le fait que nous n'ayons conservé aucune photo de ce deuxième passage résume assez bien notre impression générale : nous avons traversé le pays sans vraiment avoir envie d'en retenir des images.
Notre premier souvenir du Belize était pourtant lié à une promesse de paradis. Lors de notre précédent voyage, nous étions allés jusqu'à Glover's Reef, sur une île tenue par des Français, qui y habitait depuis plusieurs dizaines d'années et trois générations. L'arrivée avait quelque chose d'irréel : une île isolée, une mer magnifique, des enfants blonds presque livrés à eux-mêmes dans un décor sans date et sans lieu, comme une image de film de l'enfance au paradis. Mais très vite, le temps s'était retourné. Après l'éblouissement initial, nous avions passé deux ou trois jours sous la pluie, avant de rentrer vers le continent dans des conditions de mer difficiles.
L'ambiance humaine avait été plus étrange encore que la météo. Nous avions eu le sentiment d'une famille au bord de la rupture, avec des tensions très lourdes, de possibles problèmes d'alcool, et même, dans mon souvenir, une scène où la femme avait sorti un fusil pour menacer son mari. Tout cela donnait à l'île une atmosphère franchement glauque, très loin de l'image tropicale attendue. Malgré cela, nous avions gardé du pays un souvenir géographique plutôt favorable, comme si le Belize avait conservé, derrière cette expérience inquiétante, une part d'attrait possible.
Un second passage décevant
Lors de notre passage de 2023, nous sommes arrivés par l'ouest, du côté de San Ignacio, avant de prendre la direction de la côte. Nous sommes d'abord allés à Dangriga, avec l'idée de revoir Tobacco Caye. Nous avons donc organisé une excursion vers cette petite île, fait un peu de snorkeling autour du récif, et retrouvé, en apparence au moins, ce que le Belize peut offrir de plus séduisant : des eaux claires, des îlots coralliens, une ambiance de bout du monde.
Pourtant, nous n'avons pas vraiment accroché. Le snorkeling était relativement plaisant, mais l'atmosphère générale nous a semblé assez désagréable. Nous avions l'impression que tout était privé autour de l'île, qu'il était impossible de poser une serviette où que ce soit, et que notre présence était seulement tolérée dans un cadre très limité. L'endroit aurait pu être charmant, mais nous ne nous y sommes pas sentis bienvenus.
Nous sommes ensuite repartis vers le sud, d'abord jusqu'à Hopkins, qui nous a laissé une impression franchement défavorable. Le village nous a paru marqué par une forme d'abandon, avec des gens qui semblaient alcoolisés, drogués ou simplement perdus. Ce n'était pas seulement une impression de pauvreté : plutôt une atmosphère de dégradation sociale, diffuse mais très perceptible.
Plus au sud encore, nous avons rejoint la région de Placencia. Là non plus, nous n'avons pas été convaincus. Placencia donne davantage l'impression d'une enclave américaine, avec des résidences privées, des accès surveillés, une plage agréable mais pas exceptionnelle, et un tourisme qui semble fonctionner en vase clos. La route pour y aller est sans doute ce qu'il y a de plus intéressant : une longue bande entre lagune et mer, presque une route sur l'eau par endroits. Mais une fois arrivés, nous n'avons pas trouvé de véritable raison de rester.
Un pays qui ne nous a pas retenus
Finalement, rien ne nous a vraiment plu lors de ce deuxième passage au Belize. Nous avons eu le sentiment d'un pays assez profondément abîmé par les inégalités sociales, la drogue, une forme d'insécurité diffuse et une délinquance visible, plus pesante que réellement spectaculaire. L'ambiance générale nous a paru désagréable, sans que nous parvenions à retrouver l'attrait géographique que nous avions pourtant gardé en mémoire depuis notre premier voyage.
Après Placencia, nous avons donc repris la route sans regrets vers le nord, en direction de Corozal. Comme beaucoup de voyageurs, nous avons quitté le Belize par la frontière de Chetumal, pour entrer au Mexique. Ce passage avait quelque chose d'assez net : nous avions le sentiment de tourner la page d'une Amérique centrale parfois intéressante, souvent inégale, et de basculer vers un autre monde, plus vaste, plus structuré, et déjà beaucoup plus familier.
Les « J'aime / J'aime pas » de Manu au Belize
J'ai aimé
- La route vers Placencia, entre lagune et mer +
- Le potentiel géographique du pays, que nous avions mieux perçu lors d'un voyage précédent +
- Le snorkeling autour de Tobacco Caye, agréable malgré une ambiance peu accueillante +
J'ai moins aimé
- L'impression de ne pas être vraiment les bienvenus à Tobacco Caye -
- L'ambiance sociale dégradée à Hopkins -
- Le caractère très américain, fermé et résidentiel de Placencia -
- Le sentiment diffus d'insécurité et de délinquance dans plusieurs zones --
J'ai remarqué
- Le Belize donne une impression très différente du reste de l'Amérique centrale hispanophone, notamment par sa culture anglophone et son orientation plus caribéenne.
- La beauté potentielle du littoral et des îlots coralliens est souvent contrariée par une impression de privatisation, d'accès limité ou d'ambiance sociale pesante.
- Le pays semble fortement marqué par les écarts sociaux, avec des zones touristiques assez fermées et des villages côtiers beaucoup plus fragiles.
