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Impressions du Mexique

Du Yucatán à la Basse-Californie, entre parenthèse familiale, mécanique approfondie, fêtes populaires et baleines grises

Notre voyage au Mexique s'est déroulé en deux temps. Le pays correspondait à la fois à la fin de notre voyage 2023 et au début de notre voyage 2024. Le premier passage fut principalement une parenthèse autour du Yucatán, plus familiale que véritablement vanlife, avec la visite d'Émilie, une des deux filles jumelles d'Isabelle, et son compagnon Julien. Le second, six mois plus tard, fut au contraire une reprise de route, avec Oscar tout juste remis en état, de nouvelles rencontres, puis une longue traversée du pays jusqu'à la frontière américaine.

Cette double temporalité donne au Mexique une place particulière dans notre voyage. Il a été un pays de pause, de transition, de réparations, de retrouvailles et de redémarrage. Nous y avons trouvé des plages, des cénotes, des sites archéologiques très connus, mais aussi des fêtes populaires d'une vitalité étonnante, des routes fatigantes, des rencontres qui allaient compter pour la suite, et enfin deux des plus beaux spectacles animaliers de tout notre tour du monde : les papillons monarques des montagnes du Michoacan et les baleines grises de Guerrero Negro.

Puerto Morelos, notre base mexicaine

La fin du voyage 2023 s'est principalement déroulée autour de Puerto Morelos, petite ville balnéaire située non loin de Cancún. L'endroit nous a semblé beaucoup plus agréable pour nous que Cancún même, Playa del Carmen ou Tulum. Ces grandes destinations de la Riviera Maya sont plus chères, plus fréquentées, et surtout beaucoup plus américaines dans leur mode de vie. Puerto Morelos, au contraire, a gardé une teinte culturelle plus mexicaine, plus simple, plus vivable.

La ville était aussi beaucoup plus adaptée à notre manière de voyager. Il était facile d'y stationner le soir et la nuit, et la présence des vans semblait largement tolérée, du moins au moment de notre passage. On y trouvait plusieurs bars et restaurants avec de la musique live pas chère, une ambiance détendue, et une situation très pratique à portée raisonnable d'Uber de l'aéroport international de Cancún.

C'est également là que nous avons trouvé la possibilité d'entreposer Oscar chez Martin, un Canadien récemment installé sur place. Son terrain nous a servi de base, à la fois pour déposer Oscar à la fin du voyage 2023 et pour le récupérer six mois plus tard. Dans le courant d'un long parcours comme le nôtre, ce genre de solution vaut presque autant qu'un bon bivouac : elle permet de suspendre la route sans vraiment rompre le fil du voyage.

Oiseaux dans une grotte du Yucatán
Cénote au Mexique
Soirée en famille à Puerto Morelos
Sortie en bateau à Bacalar

Le premier Mexique fut surtout celui du Yucatán : Puerto Morelos comme base pratique, les cénotes, les eaux de Bacalar, et un voyage familial d'une nature assez différente de notre vie habituelle sur la route.

Émilie, Julien et les vacances du Yucatán

Lors de ce premier passage, la présence d'Émilie et Julien a quelque peu changé la nature du voyage. Il ne s'agissait plus vraiment de notre progression ordinaire en van, mais plutôt de vacances en famille, avec une organisation plus classique, une dépendance des petits hôtels trouvés en cours de route, des journées de plage, des excursions, et une façon plus touristique d'aborder la côte caraïbe.

Nous nous sommes posés successivement sur plusieurs grandes plages du Yucatán, en particulier du côté de Tulum et Majahual. Cette côte a évidemment des qualités : la mer y est belle, les couleurs sont souvent splendides, et certaines plages restent très photogéniques. Mais elle souffre aussi d'un problème massif, devenu presque structurel : les sargasses. Leur abondance peut aller jusqu'à gêner fortement la baignade, parfois même à l'empêcher. Il faut les ramasser, les déplacer, les enfouir, parfois avec des engins agricoles. Ce n'est plus un simple désagrément esthétique, mais un vrai problème de santé publique et d'économie touristique.

Les cénotes nous ont davantage plu. Ces cavités souterraines remplies d'une eau fraîche et claire correspondent très bien à ce que le Yucatán peut offrir de plus original. Elles sont évidemment très fréquentées, mais elles gardent une part d'étrangeté : on descend dans la roche, on quitte la chaleur extérieure, et l'on se retrouve dans une eau limpide, parfois sous des voûtes, parfois au milieu des racines et des jeux de lumière.

Nous sommes aussi allés du côté de Bacalar, cette série de lacs et de lagunes dont les couleurs tirent vers un bleu turquoise presque irréel. L'endroit nous a laissé une impression beaucoup plus bon enfant, plus familiale, moins artificielle que certaines plages de la Riviera Maya, tout en restant extrêmement spectaculaire. Bacalar ne joue pas exactement dans le même registre que les grandes stations côtières : l'eau y est calme, les couleurs suffisent presque à faire le spectacle, et l'ambiance nous a paru plus détendue. Nous avons eu l'occasion d'y faire une excursion en bateau et de petites sorties en kayak nous permettant de varier les points de vue.

Eaux turquoise de Bacalar
Pyramide à Chichén Itzá
Temple maya à Chichén Itzá

Bacalar et Chichén Itzá résument assez bien le premier passage: d'un côté les bleus presque invraisemblables de la lagune, de l'autre l'un des grands sites mayas les plus connus du pays.

Chichén Itzá

Nous sommes évidemment allés à Chichén Itzá, la grande attraction archéologique du Yucatán. La renommée mondiale du site est assez méritée, non pas forcément parce que chaque temple ou chaque pyramide serait individuellement plus impressionnant qu'ailleurs, mais parce que l'ensemble est très vaste et très cohérent. On ne visite pas seulement un monument, mais une véritable composition archéologique où les bâtiments se répondent.

Le site est aussi remarquable par un autre aspect, moins souvent mis en avant : le nombre absolument invraisemblable de vendeurs de souvenirs. Je crois n'avoir jamais vu au monde une telle concentration de vendeurs proposant à peu près tous les mêmes objets, souvent à des prix très bas. On finit presque par se demander comment cette économie peut être solvable, tant l'offre paraît démultipliée à l'infini.

Ce premier passage mexicain s'est arrêté là. Après Puerto Morelos, Tulum, Bacalar, les cénotes et Chichén Itzá, nous avons laissé Oscar chez Martin. Six mois plus tard, nous étions de retour au Mexique, cette fois non plus pour une parenthèse familiale, mais pour reprendre la route vers l'Amérique du Nord.

Retour à Puerto Morelos : réparer Oscar

Lors de notre second passage, en 2024 (notre vol est arrivé à Cancun le 31/12/2023 en soirée, et nous avons fêté le nouvel an à Puerto Morelos), nous avons récupéré Oscar chez Martin. Comme souvent après une longue immobilisation, il a fallu le remettre en état. Cette fois, le chantier fut sérieux : changement du joint de culasse, réfection du démarreur, réparation du moteur électrique du ventilateur, et toute une série d'autres interventions que j'avais demandées.

Le travail fut effectué par Antonio, un mécanicien exceptionnel. Je ne le remercierai jamais assez. Avec Nico, qui nous avait beaucoup aidés près de Pretoria, Antonio restera le meilleur mécanicien que nous ayons rencontré autour du monde. Il avait à la fois la compétence, le sérieux, la patience, et cette capacité devenant chaque année plus rare à comprendre un vieux véhicule européen dans un environnement où rien n'est vraiment prévu pour lui.

Pendant que les réparations avançaient, nous avons occupé le temps comme nous pouvions. Nous sommes notamment allés à Isla Mujeres, plus pour changer d'air que par véritable passion pour le lieu. L'île vaut surtout par sa plage principale, magnifique en effet, mais elle correspond aussi à une forme de tourisme assez concentré, parfait dans le genre auquel il appartient mais limité dans ses possibilités de varition. Cozumel, que nous avions visitée un peu plus tôt, nous avait paru plus intéressante de ce point de vue : plus grande, moins uniquement balnéaire, plus riche en espaces de nature, et donc plus compatible avec une exploration en van.

Nouvel an à Puerto Morelos
Photo souvenir à Bacalar
Message de nouvelle année dans le sable

L'année 2024 commence bien.

Sur le bateau de Cozumel, nous avons aussi rencontré (et pas mal discuté avec) un musicien canadien, accompagné de sa jolie amie rousse, auquel nous avons donné quelques conseils généraux sur le voyage et la musique sans savoir qu'il s'agissait en fait du leader du célèbre groupe APASHE. Nous l'avions simplement abordé au départ pour l'aider, voyant qu'il était en panne dans la file d'attente du ferry avec sa voiture de location (finalement, le loueur est venu échanger sa voiture directement dans la file). Nous l'avons suivi ensuite sur les réseaux. Ce genre de rencontre fortuite correspond assez bien à cette période mexicaine : nous étions entre réparation, attente, reprise de route et petits détours improvisés.

Côte de Cozumel vue du ciel
Oscar près de la côte à Cozumel
Plage de Cozumel
Isa et Manu sur la plage
Isabelle sur la côte mexicaine

Cozumel nous a paru plus intéressante qu'Isla Mujeres pour sa dimension nature et vanlife, même si aucune des deux îles ne nous a véritablement éblouis.

Nous avons ensuite retrouvé Coco et Christian, nos amis suisses, qui allaient devenir nos principaux compagnons de route. Leur véhicule, Martinet, un Defender magnifiquement entretenu, était entreposé lui aussi chez Martin. Il avait toutefois un gros problème de démarreur : une fois sur deux, il refusait simplement de démarrer, et il devenait alors impossible de le faire fonctionner pendant une assez longue durée.

Nous voyageons d'habitude de manière très indépendante. Nous faisons volontiers des rencontres, nous échangeons des informations, mais nous ne roulons presque jamais longtemps avec d'autres véhicules. Avec Coco et Christian, ce fut différent. Nous avions un objectif assez précis : remonter vers le nord assez vite pour assister à l'éclipse d'avril en Amérique du Nord. Ils avaient besoin, de leur côté, d'une forme d'assistance au cas où Martinet refuserait de repartir. Nous avons donc décidé de rouler plus ou moins ensemble, avec l'idée que nous pourrions les pousser, les tirer, ou au moins les aider à redémarrer si nécessaire.

Las Coloradas et Pomuch

Après les réparations d'Antonio, nous sommes partis avec Coco et Christian vers la côte nord du Yucatán, du côté de Las Coloradas. L'endroit est assez remarquable. Les salines sont exploitées par une compagnie industrielle privée, mais elles offrent des perspectives saisissantes à partir de la voie publique, surtout vues du ciel (nous avons utilisé le drone, interdit directement au-dessus des marais salants, pour filmer et photographier de suffisamment loin, en oblique). Les bassins roses, blancs, ocre ou orangés composent un paysage très graphique, presque abstrait.

Salines roses de Las Coloradas vues du ciel
Bassin rose à Las Coloradas
Manu devant les salines de Las Coloradas

Las Coloradas : un site industriel devenu paysage presque irréel, avec ses bassins roses et ses couleurs qui prennent toute leur force vus d'en haut.

Nous sommes ensuite passés par Pomuch, un village rendu célèbre par son cimetière très particulier. Les familles viennent régulièrement s'occuper des morts, sortir les ossements, les nettoyer, les retourner, leur faire des cadeaux. C'est évidemment macabre, puisque les crânes et les os sont visibles, mais nous n'avons pas trouvé cela lugubre. Au contraire, il y a dans cette relation aux morts quelque chose de très vivant, de familial, presque domestique. Nous y avons consacré presque une vidéo entière sur notre chaîne YouTube.

Agua Azul, les Fusotistes et les topes

En descendant vers le Chiapas, nous avons fait escale à Agua Azul, sur la route des grandes cascades. L'endroit est très photogénique, notamment en drone, avec ses vasques, ses rapides et ses nuances de bleu et de vert. C'est là que nous avons fait la connaissance des Fusotistes, que nous suivions déjà par réseaux interposés. Nous avons à cette occasion beaucoup échangé avec eux, comme souvent entre voyageurs au long cours : informations de route, problèmes mécaniques, bons plans et avertissements. Je me souviens d'un briefing de qualité presque professionnelle, Michel ne voulait rien manquer de ce qui pouvait lui être utile dans les semaines ou les mois qui suivraient.

La traversée du Chiapas fait parfois un peu peur sur le papier. Dans la réalité, ce qui nous a le plus marqués fut moins l'insécurité que l'extraordinaire abondance des topes, ces ralentisseurs mexicains de hauteur très variable, souvent non signalés, parfois absurdes. Beaucoup de voyageurs y cassent des supports, un essieu, voire le châssis, simplement parce qu'il suffit d'en manquer un seul après en avoir franchi mille pour faire décoller le véhicule. Oscar s'en est bien tiré, mais la conduite était fatigante, lente, et constamment sous tension.

San Cristóbal, Chamula et les fêtes traditionnelles

Avant Chiapa de Corzo, nous sommes passés par San Cristóbal de las Casas et par Chamula. L'église de Chamula est l'un des lieux les plus étonnants de cette partie du Mexique. On n'a pas le droit d'y filmer, ce qui est compréhensible. L'intérieur est entièrement occupé par des pratiques religieuses locales très vivantes : il n'y a pas de bancs comme dans une église ordinaire, mais des familles, souvent en costume traditionnel, qui viennent coller des milliers de bougies au sol et composer de petits autels personnels.

Nous avons aussi croisé des formes de pré-festivals, avec des participants dont certains se peignaient le visage en noir. Tout cela donnait le sentiment d'une culture populaire extrêmement vivante, très orientée vers la fête, les costumes, la transformation du corps, la musique et les processions.

Malgré la pauvreté relative de la population, il semble exister une qualité de vie particulière dans cette région. Nous le savons pour avoir rencontré un peu par hasard un couple de petits propriétaires paysans qui nous ont invités à passer la nuit chez eux, là encore nous y avons consacré un épisode Youtube, et cette expérience mêlée de simplicité et de joie partagée n'a pas été sans nous rappeler notre passage chez Willy dans les plaines colombiennes.

Autel fleuri dans une église du Chiapas
Participant à une fête traditionnelle

Dans le Chiapas, les fêtes traditionnelles donnent un sentiment de vitalité très fort : costumes, couleurs, bougies, musique, visages maquillés et mélange permanent du religieux et du populaire.

Chiapa de Corzo et les Parachicos

Le sommet visuel de cette partie du voyage fut atteint à Chiapa de Corzo, pendant la fête des Parachicos. Le festival met en scène des personnages masqués et coiffés, sortes de pantins grandeur nature, incarnés par les habitants de la ville et des villages voisins. Les Parachicos défilent en secouant leurs maracas, dans une ambiance de bruit, de chaleur, de foule et de couleur.

La fête se déploie sur plusieurs jours. Le premier jour, les familles entières participent en se déguisant de la façon la plus spectaculaire possible. Les jeunes filles, parfois très jeunes, portent des robes extrêmement colorées, se maquillent beaucoup, et entrent dans une logique de séduction visuelle très affirmée. Les hommes aussi se déguisent en femmes, y compris des hommes très virils, barbus, sans que cela semble relever d'une revendication identitaire particulière : c'est tout simplement une tradition festive. Les grand-mères participent, les enfants aussi, et l'ensemble compose une scène d'une grande intensité. Au bout d'un moment, tout semble se mettre en mouvement, les spectateurs sont invités à participer et aspergés d'eau de vie et de friandises. Les parachicos étouffent sous leurs coiffes mais poursuivent leur défilé des heures entières, en prenant parfois quelques minutes pour se rafraîchir ou se reposer.

Isabelle avec un Parachico
Parachicos à Chiapa de Corzo
Costumes colorés de Chiapa de Corzo
Petite fille en costume traditionnel
Masques des Parachicos

Les Parachicos de Chiapa de Corzo furent l'un des grands moments visuels du Mexique : une fête populaire bruyante, colorée, familiale, où toute la ville semblait participer.

Nous avons été très frappés par cette fête. Le Mexique touristique se résume souvent dans l'imaginerie commerciale aux plages, aux temples mayas ou à quelques villes coloniales. Ici, nous avions devant nous quelque chose de beaucoup plus vivant : une tradition locale massivement incarnée, avec ses masques, ses excès, ses codes, son humour et sa part de théâtralité.

Foule des Parachicos vue d'en haut
Jeune femme masquée pendant la fête
Parachico masqué
Enfant Parachico dans la rue
Enfant en costume traditionnel
Jeune fille costumée au Chiapas
Masques et costumes traditionnels

Sous les coiffes et les masques, les Parachicos composent une foule bigarrée, mais jamais figée : chacun joue son rôle, se laisse photographier, plaisante, danse et avance dans la ville.

Puebla, le Popocatépetl et Mexico

Après le Chiapas, nous avons poursuivi vers le centre du pays, en direction de Mexico. Sur cette route, Puebla nous a absolument fascinés par la qualité de son architecture et surtout de ses édifices religieux. Les églises mexicaines, et plus généralement de toute l'Amérique latine, rivalisent de densité décorative, mais à Puebla cet excès devient aussi proprement majestueux : dorures, coupoles, chapelles, couleurs, façades travaillées, tout concourt à donner à la ville une vraie puissance visuelle.

La route entre Puebla et Mexico se fait à l'ombre, ou au moins en vue, du Popocatépetl, grand volcan qui domine toute cette région. Nous l'avons vu depuis plusieurs points, notamment depuis une église très réputée construite sur la pyramide de Cholula, avec cette impression particulière d'un volcan actif posé derrière les monuments religieux, comme une présence permanente.

Nous sommes également passés voir l'arbre le plus gros du monde, dont le tronc absolument immense est effectivement impressionnant. C'est un de ces arrêts que l'on pourrait juger secondaires sur une carte, mais qui fonctionne très bien dans un voyage : on se trouve devant quelque chose d'objectivement hors norme, simple à comprendre, difficile à photographier correctement, mais impossible à ignorer.

Arbre géant près de Puebla
Popocatépetl vu depuis Puebla
Volcan Popocatépetl au-dessus des monuments
Intérieur d'église à Puebla
Monument illuminé à Mexico

Le centre du Mexique nous a offert un autre registre : architecture religieuse très travaillée, vues sur le Popocatépetl, monuments urbains et ce tronc gigantesque difficile à faire entrer dans une image.

Pour visiter Mexico, nous ne pouvions pas entrer en van dans la ville même pour cause d'interdiction liée à la lutte contre la pollution. Nous nous sommes donc posés non loin de Teotihuacán, site archéologique de renommée mondiale, que nous avons visité sans rapporter beaucoup de photos. Teotihuacán est immense, très structuré, mais ceux qui voudront en voir davantage devront plutôt se reporter à nos vidéos YouTube.

Nous sommes ensuite allés voir Mexico City, là encore sans multiplier les photos. Nous avons parcouru quelques rues de l'extrême centre, visité quelques monuments dont le célèbre musée archéologique, passé une nuit dans un petit hôtel non loin de la cathédrale, donc à peine pris la mesure d'une capitale très vaste, trop vaste sans doute pour être réellement abordée dans le cadre de notre voyage.

Une des choses que je voulais absolument faire sur place était d'aller voir les axolotls. Ces animaux étranges ne vivent naturellement que dans cette région, et fascinent les biologistes par leur capacité de régénération cellulaire. Ils donnent presque l'impression d'une anomalie vivante, un animal à la fois simple, fragile, et biologiquement atypique. Nous sommes allés les voir dans leur environnement naturel, là aussi avec davantage de matière dans notre vidéo Youtube qu'ici-même.

Les papillons monarques

Après Mexico, nous sommes allés voir les papillons monarques. C'était à peu près la saison, et cette étape nous a offert un très beau moment de photographie. La première sortie dans l'un des deux ou trois sanctuaires recommandés fut un peu décevante : nous avons vu des papillons, mais pas dans les conditions spectaculaires que nous espérions.

La chance a joué ensuite. Nous sommes tombés le soir sur quelqu'un qui avait toujours habité là, et auquel appartenait selon lui une partie des terres d'un autre sanctuaire. Le lendemain, il nous a fait entrer (à cheval et accompagné d'un chien, ce qui est en principe tout à fait interdit) par une sorte d'accès secondaire et nous a conduits directement vers un endroit où beaucoup de touristes ne vont pas, ou bien n'arrivent que plus tard. Là, les papillons étaient en nombre considérable. Des grappes entières couvraient les branches, d'autres s'envolaient dans la lumière, et l'expérience est devenue exactement ce que nous étions venus chercher.

Papillons monarques agglutinés
Papillons monarques dans les branches
Colonie de papillons monarques
Grappes de papillons monarques

Les papillons monarques furent l'une des grandes réussites naturalistes du Mexique : après une première tentative moyenne, la seconde sortie nous a donné accès à des colonies beaucoup plus denses.

Tolantongo, les mariachis et Tequila

Nous sommes ensuite passés par les gorges de Tolantongo. Le lieu est très connu pour ses bassins d'eau chaude accrochés à la montagne, ses eaux laiteuses et ses parois abruptes. Nous y avons passé la journée à nous baigner. J'y ai aussi perdu un drone, ce qui donne toujours un relief un peu particulier au souvenir d'un site.

C'est à Tolantongo que nous avons fait la connaissance de Léon Korkin et d'Alexandra, des émigrés russo-polonais installés à Salt Lake City. Nous avons gardé contact avec eux et devions les retrouver plus tard aux États-Unis. Le Mexique a souvent fonctionné ainsi : une rencontre apparemment ponctuelle devenait un lien possible pour la suite du voyage.

Je voulais aussi absolument voir un spectacle de mariachis. Comme nous étions proches de la Saint-Valentin, nous sommes allés à une sorte de "double date", Coco, Christian, Isabelle et moi à Guadalajara, la ville d'origine de cette pratique musicale. L'endroit nous a paru assez glauque en dehors du spectacle lui-même, et nous ne nous y sommes pas attardés. Mais les mariachis, eux, correspondaient à ce que je voulais voir, un peu à cause de la vocation étrange de John Cage dans la série Ally McBeal : une tradition musicale très codifiée, très mexicaine, très démonstrative, avec ses costumes, ses voix, ses cuivres et son mélange de mélancolie et d'énergie.

Nous avons ensuite rejoint la zone de Tequila, puis visité rapidement la ville du même nom. Le lieu est touristique, évidemment, avec ses petits trains animés et sonorisés de musique enjouée, mais il garde une identité très claire : les champs d'agaves, les distilleries, les boutiques, les façades colorées, tout y renvoie à cette boisson qui est devenue l'un des symboles internationaux du Mexique.

Champ d'agaves au Mexique
Agaves au Mexique

Après le centre du pays, la route a repris vers l'ouest : agaves, Tequila, bivouacs côtiers et approche progressive de Mazatlán.

De Mazatlán à la Basse-Californie

Après un bref détour par la grande plage de San Blas, nous avons rejoint Mazatlán. La ville nous a surtout servi de point de départ pour traverser la mer de Cortez, c'est-à-dire le golfe de Californie, et rejoindre la Basse-Californie. Cette traversée en bateau marquait une vraie rupture. La Baja California allait constituer un voyage dans le voyage, avec ses routes plus sauvages, ses déserts, ses cactus, ses caps, et surtout ses baleines.

Nous sommes arrivés à La Paz, où nous sommes restés le temps de nous organiser et d'aller snorkeler avec les requins-baleines. L'expérience nous a bien sûr beaucoup plu. Nager près d'un animal de cette taille, dans l'eau libre, fait partie de ces moments qu'on ne peut pas comparer à grand-chose d'autre. La Paz nous a aussi permis de rencontrer pas mal de Français, même si l'un des chiens de ce petit milieu a salement mordu Isabelle, ce qui a un peu terni l'ambiance.

Depuis La Paz, nous avons fait une grande boucle vers les caps du sud, notamment Cabo San Lucas et Todos Santos. Nous sommes allés voir ce qu'on présente parfois comme l'hôtel California. La légende touristique voudrait le relier à la chanson des Eagles, mais ce n'est pas vrai. Cela n'empêche pas le lieu d'exploiter évidemment cette ambiguïté.

Nous avons aussi tenté d'assister à une éclosion de tortues dans un centre qui supervise leur protection. L'expérience fut un peu ratée, car le jour de notre passage très peu de tortues sont sorties. Plus largement, cette zone des caps nous a plu sans nous éblouir. Elle est agréable, assez vanlife friendly par endroits, mais aussi très américanisée, surtout autour de Cabo San Lucas, ce qui ne correspondait pas vraiment à ce que nous préférons.

Plage de Basse-Californie
Isa et Manu à l'hôtel California
Oscar au bivouac près de la mer
Manu au bord de la mer
Colibri en Basse-Californie

La Basse-Californie du Sud : plages claires, oiseaux, cactus, et une impression partégé entre Mexique sauvage, zones de campement de "slows travellers" presque sédentarisés, et petites villes touristiques sur un mode nord-américain.

La côte sauvage et les cactus

De retour à La Paz, nous avons repris la route avec Coco et Christian pour la partie plus aventureuse de la Baja. Nous n'avons pas suivi uniquement la route principale. Nous avons pris une piste côtière assez difficile mais magnifique, longeant d'abord la côte est avant de traverser vers les zones de baleines. C'est l'un des plus beaux souvenirs routiers du Mexique : mer à proximité, reliefs secs, solitude, cactus immenses, lumière très franche, bivouacs faciles.

La route entre La Paz et la zone d'Isla San José nous a particulièrement plu. Plus au nord, entre Loreto et Santa Rosalía, l'itinéraire redevient plus classique. Il reste beau, mais moins aventureux.

Chapeau posé sur un cactus
Cactus au coucher du soleil
Silhouette de cactus au crépuscule

La côte est de la Baja et ses cactus : une des plus belles portions routières du Mexique, surtout lorsque la lumière du soir transforme les silhouettes en ombres chinoises.

Les baleines : de la déception à l'éblouissement

Nous voulions absolument voir les baleines grises. Notre première sortie, à Puerto Chale, n'a pas été très satisfaisante. Nous avons ensuite tenté Puerto Adolfo López Mateos, où les sorties étaient déjà meilleures, sans être extraordinaires.

Et puis nous sommes arrivés à Guerrero Negro. C'est là, en réalité, que nous aurions dû aller directement. La première sortie fut tellement exceptionnelle que nous avons répété l'expérience deux fois de plus, pour profiter exactement du même type de spectacle dans différentes conditions de mer et de lumière.

À Guerrero Negro, les baleines ne se contentent pas d'apparaître au loin. Elles viennent au contact. On peut les toucher, parfois les embrasser, sentir leur peau, voir leur œil, mesurer leur taille à quelques centimètres de la barque. Ce spectacle a énormément plu à Isabelle. Je garde de ces journées l'un des plus beaux souvenirs animaliers de tout le voyage.

Baleine grise au contact du bateau
Main posée sur une baleine grise
Baleine grise touchée depuis la barque
Contact avec une baleine grise
Peau de baleine grise

Guerrero Negro fut l'apothéose de la Baja : des baleines grises au contact direct des barques, jusqu'à pouvoir les toucher, les caresser, parfois presque les embrasser.

Le bivouac près de Guerrero Negro a renforcé encore le souvenir. Nous étions installés à l'extérieur de la ville, non loin de l'embarcadère, dans une zone de camping sauvage magnifique. Les couchers de soleil étaient superbes, la lune se levait sur Oscar, et nous avons observé des coyotes que nous avons vraiment cherchés et pistés nous-mêmes. Nous avons aussi vu un rat kangourou, de nombreux rapaces, et toute une petite vie nocturne et crépusculaire qui rendait le lieu encore plus fort.

Isa et Manu en sortie baleines
Rapace dans un nid en Basse-Californie
Rapace en vol
Oscar au coucher du soleil à Guerrero Negro
Bivouac au crépuscule
Oscar sous la lune
Coyote endormi près de Guerrero Negro
Raton laveur nocturne

Autour de Guerrero Negro, le spectacle ne se limitait pas aux baleines : bivouacs au couchant, Oscar sous la lune, coyotes et petits visiteurs nocturnes donnaient au lieu une qualité unique.

La remontée finale vers les États-Unis

Après Guerrero Negro, nous avons simplement remonté la route vers le nord jusqu'à la frontière. Il y eut encore quelques escales intéressantes, notamment Papa Fernández (où nous avons rencontré un étonnant couple de voyageurs octogénaires, lui français et elle anglaise, originaires d'Ardèche si je me souviens bien, voyageant avec très peu de moyens et notamment dépourvus de téléphones portables), puis une zone de salar non loin de la frontière américaine, très visuelle elle aussi. Mais l'essentiel du Mexique était derrière nous.

Nous sommes arrivés à Mexicali exactement à la date prévue. C'était important, car nous avions calculé notre entrée aux États-Unis pour pouvoir y rester exactement trois mois. Le Mexique s'achevait donc comme il avait recommencé : avec une contrainte de calendrier, mais aussi avec le sentiment d'avoir franchi une grande étape. Après les réparations d'Antonio, la route avec Coco et Christian, les fêtes du Chiapas, les papillons monarques, les mariachis, la Baja et les baleines, nous étions prêts pour la page suivante : les États-Unis.

Rapaces près de Guerrero Negro
Cactus au ciel rose
Grands cactus au crépuscule
Rapace décollant de son nid

Dernières images mexicaines : oiseaux, cactus, et lumière rose du désert.

Les « J'aime / J'aime pas » de Manu au Mexique

J'ai aimé

  • Puerto Morelos, beaucoup plus mexicaine, pratique et vanlife friendly que Cancún, Tulum ou Playa del Carmen ++
  • Le travail exceptionnel d'Antonio sur Oscar, même s'il a fallu beaucoup insister pour que le travail puisse être fait dans un délai raisonnable ++
  • Bacalar, ses eaux turquoise et son ambiance familiale +
  • Las Coloradas et ses salines roses, surtout vues du ciel +
  • Le cimetière de Pomuch, macabre en apparence mais très vivant dans son rapport familial aux morts +
  • La vitalité traditionnelle du Chiapas, notamment Chamula et les fêtes locales +
  • Le festival des Parachicos à Chiapa de Corzo, l'un des grands moments visuels du pays ++
  • Puebla et la richesse de son architecture religieuse +
  • Les papillons monarques, surtout lors de la seconde sortie +++
  • Tolantongo, malgré la perte du drone +
  • La route sauvage de la côte est de la Baja California +
  • Les requins-baleines à La Paz +
  • Guerrero Negro, ses baleines grises, ses coyotes, ses couchers de soleil et ses bivouacs +++

J'ai moins aimé

  • Le caractère très américain et cher de Cancún, Playa del Carmen, Tulum et Cabo San Lucas -
  • Les sargasses sur la côte caraïbe, parfois au point de gêner fortement la baignade --
  • Les topes du Chiapas, extrêmement nombreux, fatigants et parfois dangereux pour le véhicule --
  • Le côté glauque de Guadalajara, en dehors du spectacle de mariachis lui-même -
  • L'américanisation assez lourde de certains secteurs des caps en Baja California -
  • Les premières sorties baleines avant Guerrero Negro, trop décevantes au regard de ce que nous allions voir ensuite -

J'ai remarqué

  • Le Mexique est beaucoup plus varié qu'un simple pays de plages et de temples : il passe très vite du tourisme caraïbe aux fêtes indigènes, des villes coloniales aux déserts de cactus, des papillons aux baleines.
  • Les traditions populaires y sont très vivantes. Chamula, Pomuch ou Chiapa de Corzo donnent l'impression d'un pays où la fête, la mort, la religion et la famille restent fortement mêlées.
  • Les zones les plus touristiques sont souvent les moins intéressantes à nos yeux lorsqu'elles deviennent trop américaines.
  • La Baja California est presque un pays à part : plus sèche, plus vide, plus nord-américaine par certains aspects, mais aussi beaucoup plus sauvage dès qu'on quitte les zones les plus développées.

Si c'était à refaire

  • Nous resterions à Puerto Morelos plutôt qu'à Cancún ou Playa del Carmen pour organiser une arrivée ou un départ.
  • Nous garderions du temps pour les fêtes populaires du Chiapas, qui nous ont davantage marqués que certains grands sites très connus.
  • Pour les baleines, nous éviterions probablement les sorties intermédiaires et nous consacrerions directement plusieurs jours à Guerrero Negro.